L’événement avait été si rapide que M. Jeuffroy, resté seul, se demandait s’il était bien éveillé. Sa rage, son dépit et son chagrin se résumaient dans cette pensée :

« La triple sotte ! où a-t-elle pris un pareil caractère ? Nous verrons si je ne le fais pas plier… Elle me payera ce scandale ! »

Il s’était dit, en cédant au désir de diminuer la dot promise, qu’un homme amoureux écouterait d’une oreille distraite l’énumération ennuyeuse des valeurs sur lesquelles il pouvait bien, du reste, avoir des aperçus très superficiels, mais que, dans le cas contraire, il céderait facilement. Il voyait maintenant que Varedde était de la race des intéressés, et, malgré sa colère, il le jugeait favorablement.

Mais il ne trouvait aucune circonstance atténuante à la conduite de sa fille, dont il avait complètement oublié de faire entrer la dignité et la fierté blessées dans les éventualités prévues. Enfin il enveloppait Mlle Constance dans son ressentiment :

« Une autre sotte !… puisqu’elle voulait bien faire un cadeau à sa nièce, elle aurait pu le dire plus tôt. Et encore ça parle de sacrifice !… Nous voilà dans de beaux draps, grâce à elle ! »

Sa première pensée avait été de céder à la colère et de monter immédiatement chez sa fille ; mais la nécessité de prendre certaines mesures l’obligea à sortir, et il ne rentra que pour le dîner.

Pendant ce temps, Suzanne, très surexcitée, n’éprouvait aucune défaillance et s’efforçait de consoler Mlle Constance désespérée.

— Comment pouvez-vous pleurer ! disait-elle avec animation. Vaut-il un regret ? N’avez-vous pas entendu qu’il parlait de se retirer ? Mettez-moi un peu plus haut, ma chère vieille tante ; vous qui êtes si généreuse, vous devriez le mépriser.

— Mon Dieu, mon Dieu ! répétait la pauvre fille, il est si naturel de penser à ses intérêts, ma Suzanne ! mais tu es une enfant, tu ne sais rien de la vie ; on a besoin d’argent. Un si bon parti !

— Vous l’appelez encore un bon mariage quand vous venez de voir ce qu’était l’homme ! s’écria la jeune fille.