— Je n’en sais rien ; mais ce que je sais, mon frère, répondit la vieille fille avec énergie, c’est que tu as été dur pour elle, que tu l’as fait pleurer, et que je ne veux pas de ça !
Et, sans attendre la réponse de M. Jeuffroy, elle partit, le laissant chercher seul la solution du problème. Mais il pouvait d’autant moins la découvrir que, devant la colère de sa fille contre M. Varedde, il était resté fort convaincu qu’elle ne soupçonnait pas ses agissements paternels.
IV
Après une nuit d’insomnie, Preymont, quand il ouvrit sa fenêtre, salua le jour et respira l’air parfumé du matin avec l’enthousiasme d’un être qui, par miracle, a reconquis le droit de vivre.
Il finissait de s’habiller quand Saverne entra dans sa chambre.
— Mon cher, lui dit-il, figure-toi que l’ex-fiancé est en bas et demande à te parler immédiatement.
— Je m’y attendais, répondit Preymont avec ennui.
— Est-ce que tu consens à recevoir un pareil pied-plat ?
— Il est évident que je ne puis pas m’en dispenser, et d’ailleurs ton expression est bien exagérée.
— Ah bien, tu es indulgent ! s’écria Saverne. J’aime à croire que tu ne prêteras pas la main à un rapprochement ? Elle serait malheureuse comme les pierres avec ce butor ! J’ai pensé toute la nuit à cette admirable fille. Quelle femme, mon cher ! Ah ! il parlait de la planter là ! eh bien, elle l’a chassé comme un valet avec une présence d’esprit merveilleuse. Je n’ai jamais rien vu de plus empoignant que cette jeune fille en colère tenant tête à tout le monde, son beau visage renversé en arrière. Comprend-on qu’elle est la fille de ce gros bonhomme, qui ressemble à une omelette soufflée avec sa face rouge et bouffie !