Je ne sais s'il se douta que je lui cachais quelque chose, mais il ne me posa pas de questions allusives. Il paraissait seulement très contrarié de la perte de ses deux beaux chevaux:

—Dieu damne les brutes, dit-il, je n'aurais pas donné ces deux bêtes pour huit cents dollars! quant à votre garde-robe, elle peut être facilement remontée. Je vais aller prévenir la police par acquit de conscience, mais sans grand espoir; par ces temps de bouleversement et de guerre on n'est jamais sûr.

Enfin, n'y tenant plus, brisée de fatigues, je me couchai et m'endormis, malgré les exhortations de Randolph, qu'une continence forcée avait mis en appétit…

XXVII
LA PROSTITUÉE

Je me levai tard le lendemain matin, et partis faire différentes courses. Randolph tenait à ce que je fusse toujours bien mise. Très généreux sous ce rapport il ne négligeait rien.

En quelques jours, ma garde-robe fut remplacée.

Georges était allé chercher mes bijoux à Woodlands.

La plantation était dans un état affreux; les esclaves refusaient de travailler, malgré Dinah et les surveillants qui ne pouvaient maintenant les y contraindre.

A Richmond, la vie était triste. Les nombreux échecs des Sudistes avaient semé le deuil partout. Randolph se décida à quitter Richmond et il fut convenu que nous partirions pour New York. Cette nouvelle m'enchanta, et c'est avec ravissement que je m'installai avec lui dans le meilleur hôtel de la ville.