Cependant les hommes s'éveillèrent et préparèrent du café. Inconsciente, j'en bus avidement un gobelet, ce qui me rafraîchit un peu.
Puis ils m'annoncèrent qu'ils allaient me rendre ma liberté. L'un d'eux, me prenant le bras et me poussant hors de la cabane, me conduisit alors jusqu'à la route après m'avoir fait faire mille détours. Puis, il disparut dans les fourrés des bois. Je m'étais assise au revers du chemin ne sachant au juste ce que je devais faire, quand une voiture parut. Je m'avançai vers le conducteur qui voulut bien me conduire jusqu'à Richmond.
Arrivé devant la maison de Randolph, le brave homme arrêta son cheval et m'aida à descendre.
Je frappai à la porte; une jolie femme de chambre vint m'ouvrir et me considéra avec étonnement, comme hésitant. Mais, quand je lui eus dit qui j'étais, elle me conduisit près de Randolph.
—Oh! Dolly, s'exclama Georges, comme vous voilà faite!—Je devais en effet avoir une mine affreuse.
—D'où venez-vous? le vous attendais à huit heures, hier soir. Où est Jim? Où est la voiture?
Cet accueil inattendu acheva de me déconcerter:
—Eh! ne m'accablez pas avec vos questions; il y a près de vingt-quatre heures que je n'ai mangé et je suis malade de faim, de fatigues et d'épouvante. J'ai besoin de secours, je parlerai ensuite.
Stupéfait, il obéit. J'étais réellement affamée, et je fis un bon repas et bus deux grands verres de vin.
Puis, me sentant remise, je m'assis dans un fauteuil et fis à Randolph le récit de mes aventures, mais sans parler des outrages dont je venais d'être victime.