Prenant un mouchoir, il m'attacha les mains, malgré ma défense. Puis, s'asseyant sur une chaise et me renversant sur ses genoux, il me traita ainsi qu'une petite fille, malgré mes pleurs et mes supplications.
—Là, Dolly, maintenant tout est fini entre nous; vous avez reçu de moi la dernière fessée.
Puis il m'embrassa une dernière fois, me dit adieu, et tranquillement sortit de ma maison.
Il partit pour l'Europe dès le lendemain et depuis, je ne l'ai plus revu. Je sais pourtant aujourd'hui qu'il est revenu et qu'il habite Woodlands.
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Au bout de peu de temps, mes ressources diminuèrent rapidement. Malgré toute ma volonté et la lutte intérieure qui se livrait entre ma conscience et la nécessité, il fallut me résoudre à me laisser pousser vers la chute finale.
J'étais jolie, et bientôt j'eus un grand nombre d'adorateurs.
Je haïssais cependant mon horrible profession et certes, je puis affirmer que je ne m'y suis jamais faite. A deux reprises déjà, j'ai été demandée en mariage, mais je me suis jurée de n'épouser que quelqu'un que j'aimerai réellement. Peut-être un jour mes vœux seront-ils exaucés.
L'an dernier, je suis allée passer quelques jours à Philadelphie où j'ai eu des nouvelles de Miss Dean. Elle est toujours aussi bonne qu'autrefois et continue à être très charitable. Je crois que ses aventures en Virginie sont ignorées. J'aurais bien voulu revoir ma douce amie, mais ma présente condition me le défendait. C'est pour moi un grand chagrin.
Maintenant, mon histoire est finie et vous savez pourquoi je hais les Sudistes.