Voici l'analyse du IIe volume qui contient l'histoire de l'école de mistress North.
Le volume se compose de cinq lettres passablement longues qui traitent toutes de l'influence de la verge de bouleau sur les organes sexuels. Point n'est besoin de faire ressortir que le sujet est, d'un bout à l'autre, traité avec une désinvolture extrême et que le langage employé est d'une franchise outrée. L'auteur décrit dans leurs moindres détails les scènes de fustigation et les conséquences qui en résultent, sans rien cacher.
Dans la première lettre, sir Charles dit qu'il a à ses gages une dame, miss Whippington qui dirige un pensionnat pour les jeunes filles de l'aristocratie. Elle flagelle ses élèves pour le plaisir de son riche protecteur, après avoir arrangé pour lui une cachette d'où il peut, tout à son aise, suivre les contorsions et jouir de la confusion et de la honte de ses belles et rougissantes victimes. Lady Flora Bumby, une jeune fille gracile, à l'air doux, d'une délicate beauté, blonde, âgée de quatorze ans environ est mise en scène, avec accompagnement de détails minutieux sur sa contenance, sur sa toilette intime, ses dentelles et les charmes qu'ils cachent aux regards profanes. C'est ensuite le tour de miss Mason, une belle brune de seize ans, aux yeux fulgurants, aux joues de pourpre: elle est gentiment apprêtée et délicatement cinglée de longues marques rouges. Ceci produit aussi bien chez le bourreau que chez sa victime le même effet érotique; mais nous, pour notre part, nous sommes en droit de supposer que cette idée existe seulement dans l'imagination des écrivains lascifs, quand ils forcent leurs effets. Néanmoins nous pouvons nous hasarder à dire qu'une femme encline à l'hystérie peut être soumise à bien des tourments par un amant préféré sans en ressentir toujours de la douleur, surtout si ce dernier réussit à faire naître chez elle un excitement voluptueux, alors qu'il lui inflige des mauvais traitements corporels. Malgré cela ces créatures ne sont que des exceptions: elles sont toutes anémiques et esclaves de leur système nerveux; elles se contredisent souvent. Elles sont menteuses, ont des visions et des accès d'insomnie. Elles s'adonnent à la boisson et souvent la morphinomanie ou l'abus du chloral les conduit droit à la maison de fous ou dans la tombe. Il n'y a pas de femme bien développée, en bonne santé, avec un sang pur et abondant circulant dans ses veines, qui puisse éprouver du plaisir à être battue; et avec bien plus de raison, il n'y a pas d'homme dans ces conditions qui peut puiser la moindre jouissance dans le fait d'être fustigé. Les flagellateurs du sexe fort sont généralement des êtres absolument usés et dépravés et il en est de même des femmes de cette catégorie; à moins qu'ils ne soient des exceptions, c'est-à-dire des êtres dominés par des passions anormales.
Pour revenir à notre sujet après cette digression qui, nous l'espérons, n'est pas tout à fait déplacée, voici, après miss Mason, une autre élève qui tombe sous la férule de la douce institutrice. Cette fois on nous présente une boulotte, assez courte de stature, aux cheveux roux, avec de grands yeux d'un brun sombre: elle répond au nom de miss Howard et n'a atteint que son dix-septième printemps. Pour commencer, on l'expose dans toute la gloriole de sa captivante nudité. C'est couchée à plat-ventre qu'elle subit son châtiment jusqu'à ce qu'elle ait perdu connaissance. Ici se termine ce petit délassement et sir Charles, arrivé au paroxysme de l'excitation, est confortablement soigné par miss W…, l'institutrice, qui pendant plus de deux heures se prête à ses extravagances libidineuses et assouvit sa soif de luxure, faisant revivre de temps à autre ses forces déclinantes, au moyen de quelques douzaines de coups de verge bien appliqués, tandis que dans leur chambre, miss Mason et Lady Flora se laissent aller sans aucune retenue aux incitations d'une idylle amoureuse d'un genre nettement lesbien.
Dans la première lettre, Wildish raconte quelques autres épisodes de flagellation. Une épouse corrige son ivrogne de mari au moyen d'une cravache et cet exercice produit chez elle un tel excitement qu'elle se réconforte dans les bras d'un amant qui a suivi toute la scène à travers le trou de la serrure. Nous avons ensuite le mariage d'un Lord Coachington qui, âgé de trente ans à peine et cependant déjà usé jusqu'à la moelle des os, épouse une jeune veuve très riche. Mais il ne réussit pas à remplir ses devoirs conjugaux malgré les ingénieux artifices mis en œuvre par la jeune femme,—artifices décrits avec une lascivité extrême et que notre plume se refuse à transcrire. Alors, il offre de placer sur la tête de sa femme 250.000 francs, pour qu'elle consente à se laisser attacher au moyen de cordons de soie et à recevoir de lui une fessée en règle sur son postérieur, avec des verges de bouleau. Elle consent et le noble Lord se met à la besogne, en dépit des pleurs et des grincements de dents de la jeune épouse, qui se tord de douleur et regrette, un peu tardivement, de s'être prêtée à cette fantaisie maniaque. Le résultat de cette opération ne se fit pas attendre et se traduisit au bout de neuf mois par la naissance de jumeaux: deux filles!…
Dans cette même lettre, on nous conte l'aventure d'un certain M. Robinson atteint, lui, d'une flagellomanie aiguë. Il offre cinq mille livres sterling, soit 125.000 francs à un jeune garçon, pour qu'il lui soit permis de le fouetter à cœur joie et à satiété. Mais, ayant par la suite acquis la certitude que le bel adolescent n'était autre qu'une jeune fille déguisée, il la remet aux mains de ses quatre valets de pied et il s'ensuit une orgie qui défie toute description. La lettre se termine par une communication de Miss Whippington qui s'étend complaisamment sur les détails d'une fustigation infligée par elle à Mlle Lucie Saint-Clair, l'une de ses élèves.
La troisième lettre fait l'objet, de la part de Mistress North, d'une communication comportant une copie très exacte du journal de feu Lord P…, un fervent disciple et propagateur de la flagellation avec des verges. Ce mémoire est suffisamment nouveau et curieux, même pour les initiés aux pratiques flagellatoires et libertines, qui sans doute ne trouveront généralement dans ces livres, que très peu de choses qui ne leur soient connues de longue date. Il raconte les amours d'une gouvernante robuste qui s'amuse à flageller un frère et une sœur confiés à ses soins. Elle éprouve des spasmes voluptueux en administrant ces corrections qui, en fin de compte, la portent à faire partager son lit par son élève mâle, auquel elle frappe avec ivresse le derrière et les parties adjacentes, non sans le couvrir simultanément de caresses lascives. Ce couple si étrangement assorti se livre ensuite à une distraction d'un genre particulier, que ce Faublas en herbe appelle jouer «à la vache et au veau». Nous voulons passer rapidement sur les aimables leçons données an gamin, et glisser sur la matière, car il nous est franchement impossible de suivre et d'étudier les progrès de cette corruption inculquée à des enfants d'un âge relativement peu avancé.
Les amours, ou plutôt les passions de cette gouvernante nymphomaniaque, sont continuées dans la cinquième lettre, qui termine le livre, dont voici la conclusion, d'une ironie vraiment cynique: «Cher Sir Charles, je pense qu'en voilà assez du journal de Lord P…, le restant est trop sale pour que je puisse le transcrire.»
Vraiment! Mais alors, qu'est-ce que cela peut bien être!
Dans la quatrième lettre, Sir Charles relate l'histoire d'un de ses amis qui possédait plusieurs grands singes auxquels il avait enseigné de se flageller réciproquement, dans le but de faire naître chez eux une excitation des sens. Si—comme on est en droit de le supposer—cette histoire n'est pas vraie, elle n'en a pas moins le mérite de la nouveauté et ouvre un nouveau champ d'études aux Buffon de l'avenir.