Curiosités en flagellation. Une série d'incidents et de faits compilés par un flagellant amateur et publiés en cinq volumes. Vol. I. Londres 1875[12].

[12] Curiosities of Flagellation. A series of Incidents and Facts collected by an amateur Flagellant and published in five volumes. Volume I. London 1875.

Malgré l'annonce de cinq volumes, il n'en parut à l'origine qu'un seul, qui fut réédité en 1879-1880, avec addition d'un volume supplémentaire. Ces deux volumes pris séparément contiennent chacun un récit: le vol. I. est réservé à The Jeweller's Housekeeper, en français, La Gouvernante du Joaillier; le vol. II. contient Mrs North's School ou l'école de Mme North. Chacun de ces volumes est illustré de cinq gravures exécutées avec très peu de soin; elles sont coloriées et de nature quelque peu obscène. L'ouvrage est publié par l'auteur lui-même.

La Gouvernante du Joaillier est un récit qui a pour but d'exposer la flagellation comme une pratique aphrodisiaque, comme un moyen d'arriver à un but déterminé et non pas comme le but lui-même que l'on se propose d'atteindre, contrairement à la tendance des livres publiés au début du siècle.

L'auteur cependant nous semble pousser les choses un peu trop loin quand il cherche à nous persuader que les victimes éprouvent malgré tout une sensation agréable et voluptueuse, après une flagellation impitoyable accompagnée d'autres pratiques inhumaines, même quand ils sont sur le point de succomber à leurs tortures, et que ces sensations augmentent d'intensité quand le supplice a cessé, ce qui les fait se soumettre par la suite docilement à ces pratiques et les incite même à désirer vivement d'y être soumises encore, d'être fouettées de verges, avec des cravaches et d'avoir leur peau cinglée jusqu'à ce que le sang découle en profusion des cicatrices béantes, et tout cela pour assouvir les instincts voluptueux qui accompagnent et suivent leur agonie.

Nous ne doutons pas que la fustigation sur les postérieurs soit suffisante pour provoquer une circulation anormale du sang dans cet endroit et dans les parties adjacentes et que par cela même elle ne stimule les facultés procréatrices chez certaines natures exceptionnellement douées. Mais nous ne pouvons admettre, en aucune façon, qu'un individu de l'un ou de l'autre sexe, surtout s'il est sain de corps et de constitution normale, puisse se soumettre volontairement aux tortures décrites dans le volume.

La famille dans laquelle se passent les aventures relatées et dont, au dire de l'auteur, «beaucoup sont basées sur des faits», se compose de M. Warren, un bijoutier des environs de Saint-Paul[13] «réputé imbu de principes religieux»; de Sarah sa gouvernante; de «deux filles de par sa femme». Miss Annie âgée de seize ans et Miss Alice, de quatorze ans, deux des plus belles filles du quartier de Highgate où leur père a son domicile particulier et «maître» Willy, un gamin de onze ans, fils du joaillier «de par Sarah».

[13] Saint Paul, la cathédrale de Londres qui donne au quartier son nom. Elle est située dans la cité.

Suivant les instructions du joaillier, la gouvernante invente des histoires contre les enfants, afin de fournir à ce père modèle des prétextes pour flageller impitoyablement ses enfants, le garçon comme les filles, le soir, quand il retourne de la Cité. Après s'être adonné avec frénésie à ce passe-temps excitant, il calme ses ardeurs dans les bras de Sarah; ou bien encore, les deux amants se flagellent mutuellement pour prolonger leurs accès de volupté. En dépit des histoires inventées contre elles par Sarah et des corrections brutales qui en sont la conséquence, les deux jeunes filles, aussi bien Annie qu'Alice se prennent d'un réel attachement pour Sarah et en arrivent même à désirer d'être soumises à une bonne fustigation,—ce que nous trouvons foncièrement anormal.

Nous ne croyons ni utile, ni nécessaire, de faire une description détaillée de ces flagellations, qui d'ailleurs se ressemblent toutes; elles ont ceci de particulier qu'elles sont décrites d'un style bien meilleur que celui que l'on est habitué à trouver dans les livres de cette nature. Le récit se termine d'une façon quelque peu abrupte; l'on voit bien que l'auteur se proposait d'y donner une suite, car vers la fin Sarah promet de montrer à ses jeunes amis «quelques petits instruments de plaisir; mais la chose doit être remise à un autre moment».