Ensuite commence ce que le colonel, avec un sourire sarcastique appelle la flagellation pour tout de bon!
Miss Julia est attachée à une échelle avec le dos tourné vers les échelons.
C'est ici que se termine la première partie de l'ouvrage.
La deuxième partie commence par la description très en détail de l'opération à laquelle volontairement miss Debrette s'est soumise. L'un des messieurs lui succède et, après que les deux eurent cyniquement fait part de leurs impressions personnelles aux autres membres de la société, le supplice de Julia recommence: on la fouette au moyen d'une brassée d'orties en pleine sève. La position de la jeune femme sur l'échelle peut donner une idée de la trivialité de la description qui est faite de la scène qui s'ensuit.
Après l'avoir changée de position et lui avoir fait tourner le dos à l'assistance inaccessible à tout sentiment de pitié, le colonel relate quelques autres épisodes de l'application de la torture aux victimes de la lubricité humaine, après quoi on soumet la pauvre enfant à une fustigation accélérée au moyen d'une espèce de lanière de cuir, jusqu'à lui faire presque perdre les sens. Les lubriques acteurs de cette scène révoltante se mettent à jouer à saute-mouton par dessus le dos ensanglanté de l'infortunée et, après cette diversion dans leur dégoûtante orgie, le colonel les régale d'une nouvelle histoire ayant pour sujet les tortures infligées à une femme mariée, durant sa première nuit de noces.
Mais ce n'est là qu'un entr'acte: la représentation continue et, c'est le tour d'une courroie garnie de fines pointes d'acier, de démontrer ses vertus sur le corps nu et déchiqueté de miss Julia que l'on a placée sens dessus dessous, la tête en bas et les jambes en l'air, le long de l'échelle.
Puis une mêlée générale s'engage, qu'il est absolument impossible de décrire; les participants à cette orgie se laissent aller à tous les excès, avec toute la lascivité et le voluptueux excitement que toute cette cruauté est sensée avoir déchaînés et—tout naturellement,—cela au détriment de la pauvre Julia. De nouveau la pauvrette est soumise à une flagellation impitoyable au moyen d'une lourde cravache et finalement—en guise de couronnement de son martyre,—on lui inflige la plus cruelle, la plus abominable des tortures morales: elle est brutalement violée avec tout le raffinement de détails qui, d'ordinaire, peuvent accompagner une telle opération.
Nous pouvons affirmer sans crainte que ce livre est l'ouvrage le plus froidement cruel, le plus cyniquement indécent qu'il nous ait été donné de lire; il est unique en son genre dans la langue anglaise. On semble revivre le rêve sauvage ou plutôt le cauchemar d'un vieux satyre vicieux, vanné, positivement usé et dont l'épiderme tanné jusqu'à l'insensibilité par des flagellations quotidiennes a été saisie d'une folie de passions étranges pour la flagellation bestiale.
Il va sans dire que le compte rendu qui précède ne donne que les grandes lignes de l'ouvrage, car nous avons soigneusement évité de copier le moindre détail, dont la minutie est d'un érotisme trop accentué pour se retrouver sous notre plume. Les plus impudiques descriptions y sont faites et toutes les phases de cette lente agonie de la pauvre fille, le moindre mouvement, la plus petite contraction et le moindre tressaillement sont notés, et commentés. La beauté de Julia est l'objet d'une analyse et de remarques d'une crudité inouïe et rien n'est négligé pour prouver que seul un Néron ou un marquis de Sade peuvent réellement éprouver quelque plaisir sensuel.
Nous pouvons puiser quelque consolation dans le fait que ce livre est trop délibérément horrible pour être dangereux, car ce mélange de débauches lubriques, d'extravagances sadiques, d'usages d'abattoir froidement, cyniquement mis en œuvre ne peut être que le produit d'une imagination surchauffée et surexcitée par des idées obscènes et lascives. Le livre est bien écrit et l'auteur s'est évidemment donné beaucoup de peine pour mettre bien en relief les moindres détails, comme s'il avait voulu convaincre le lecteur de la réalité absolue de ce système répugnant qu'il expose avec tant d'ampleur.