Dans le livre sus-mentionné, une certaine Mme Martinet, dans une lettre qu'elle adresse à l'une de ses amies, nous offre le récit de la façon dont elle passe ses vacances à Aspen Lodge, près de Scarborough, la résidence de «mon vieux protecteur, Sir Frédéric Flaybum, qui, vous ne l'ignorez pas, trouva nécessaire d'installer et de mettre en vogue mon pensionnat aristocratique et pour lequel j'ai aménagé de secrets points d'observation pour son usage, dans les grandes occasions».
Au moyen d'un prêt de deux cents livres sterling (5.000 francs), Sir Frédéric a su décider la veuve d'un officier de l'armée des Indes, à loi confier ses deux jeunes filles, «en lui donnant carte blanche à tous les points de vue, avec la seule restriction que l'exercice de son autorité paternelle (sic) n'ait pas d'effets dangereux et ne laissât pas de traces défigurantes sur ses enfants».
A l'arrivée de Mme Martinet à Aspen Lodge, Anette et Miriam s'y trouvent déjà. Le lendemain, elle et son protecteur se mettent à les fouetter toutes deux, prenant pour prétexte une plainte non motivée d'ailleurs et absolument inventée par Sir Frédéric. Quand l'opération, qui n'était d'ailleurs accompagnée d'aucune pratique particulière et cruelle, fut terminée, on annonce M. Handcock et Miss Vaseline, deux amis de vieille date de Sir Frédéric. La jeune dame, «une délicieuse blonde, de taille élancée mais exquisément moulée, avec des lèvres de corail, des dents de perles et de ces grands yeux langoureux gris bleus, qui caractérisent si bien un tempérament sensuel», entoure de ses bras potelés le cou de Sir Frédéric, qu'elle embrasse avec une ferveur amoureuse qui ne laisse pas que de surprendre l'honorable institutrice.
Il s'ensuit une scène de la plus haute suggestivité, agrémentée de flagellation mutuelle et d'autres provocations plus ou moins efficaces: «Cette scène, dit textuellement Mme Martinet dans sa lettre, dura pas mal de temps et nous remplit, nous, les dames, d'une délicieuse ivresse, les messieurs étant trop vannés pour se laisser aller à trop d'excitement.»
Dans la lettre d'un Page-Boy, le jeune Fred raconte comment, en regardant par le trou de la serrure, il surprend ses maîtresses, les dames Switchers, en train de satisfaire aux goûts dépravés de l'honorable M. Freecock, en le flagellant et en assouvissant d'autre manière encore ses lubriques appétits. Mais le gamin est surpris à son poste d'observation et,—laissons-le parler lui-même,—«en un clin d'œil ils m'eurent lié par les poignets au chevalet; mes pantalons furent descendus en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et ils se mirent à me tanner le derrière avec frénésie au moyen d'une formidable verge de bouleau».
Le style de ce volume peut être placé au même rang que celui des trois ouvrages précédemment décrits. Mais ce livre a au moins un avantage, celui de n'être pas, dans son ensemble, farci de détails dont la crudité et la cruauté provoquent d'ordinaire un si profond dégoût.
Les mystères de la «Villa de la Verveine» ou miss Bellasis flagellée pour avoir volé, par Etonensis. Prix: Quatre guinées, Londres. Édition privée. MDCCCLXXXII[18].
[18] The Mysteries of Verbena House, or Miss Bellasis Birched for Thieving. By Etonensis, Price Four Guineas. London. Privately Printed. MDCCCLXXXII.
Ce volume est dû à deux auteurs différents; orné de quatre planches coloriées, il n'a été tiré qu'à 150 exemplaires.
Après avoir pataugé au milieu de tant d'ouvrages lourds, insipides, sinon absolument répugnants, sur la flagellation, c'est avec un réel plaisir que l'on tombe finalement sur un volume écrit avec tact et avec art, que l'on peut lire sans appréhension.