Dans cet ouvrage on nous trace un tableau très fidèle et très minutieux de ce qu'est un pensionnat fashionable pour demoiselles à Brighton, à notre époque, et le récit roule principalement sur les punitions corporelles infligées aux aimables pensionnaires de la maison.
Deux pièces d'or sont dérobées à une élève créole et miss Bellasis est convaincue d'avoir commis le larcin. Ce qui aggravait sa faute, c'est qu'elle avait caché le fruit de son vol dans la boîte à ouvrage de l'une des plus jeunes élèves. La perquisition générale à laquelle on se livre à la suite de la découverte du larcin, donne lieu à de singulières découvertes: chez une miss Hazeltine on découvre une bouteille d'eau-de-vie de genièvre, tandis que l'on trouve dans le pupitre de Mlle Hatherton un livre obscène. Les deux délinquantes, tout comme l'héroïne principale de l'histoire sont destinées à être fouettées. Mais la propriétaire de l'établissement, miss Sinclair, qui jusqu'alors avait été opposée aux châtiments corporels, croit utile de consulter préalablement le révérend Arthur Calvedon, aumônier du pensionnat. En attendant qu'il se rende à l'appel qui lui est adressé, une espèce de conseil de guerre est tenu et les gouvernantes françaises et allemandes sont admises à émettre leurs avis respectifs sur la castigation des jeunes filles. Le discours de l'institutrice française est reproduit en français qui serait évidemment irréprochable, s'il n'était défiguré par d'innombrables coquilles d'imprimeur. Mais le révérend arrive: il commence à faire un exposé très étendu de ses expériences au collège d'Éton et cela donne lieu à une dissertation très compliquée sur les différents modes de flagellation. Arthur—comme on a pris l'habitude d'appeler tout simplement le conseiller spirituel de l'école—brûle d'envie de demander l'autorisation d'assister à la fustigation de Mlle Bellasis; mais il n'ose et est obligé de se retirer sans avoir vu l'accomplissement de son secret désir; il promet toutefois de revenir après l'opération.
Le lendemain matin, la voleuse est conduite dans la grande salle d'études, par la sous-directrice et la gérante. Après une vive résistance de sa part, elle est dépouillée de ses vêtements, liée sur un pupitre et publiquement fouettée en présence de toutes ses camarades et des domestiques.
La description de la flagellation, qui suit alors, n'est pas du même auteur; le style est distinctement différent. L'allure légère et agréable du début de l'ouvrage se transforme à partir de la page 97 en une narration plus sérieuse, d'un style plus châtié et plus sobre surtout. Jusqu'alors les mots obscènes avaient été employés sans restriction, sans ménagements, sans scrupules: l'auteur appelle tout par les noms propres.
Le caractère de miss Sinclair est du coup transformé du tout au tout.
Mais procédons dans notre analyse. La fustigation de miss Bellasis est décrite avec une ampleur bien exagérée, car elle ne nous apprend rien de bien nouveau. Tout de suite après, nous trouvons une scène passionnelle entre le révérend Arthur et miss Sinclair que la fustigation de son élève, sur le postérieur de laquelle elle a usé trois verges, a mis dans un état de surexcitation sensuelle indescriptible.
Le jour suivant, miss Sinclair, devenue la maîtresse d'Arthur, punit sévèrement les demoiselles Hatherton et Hazeltine, en particulier, chez elle, c'est-à-dire qu'elle inflige aux deux jeunes filles toutes sortes de tourments, d'abord avec une cravache, puis avec une brosse à cheveux, tandis que le révérend admirateur regarde à travers un trou dans la cloison. Le volume se termine d'une façon abrupte par quelques lignes d'encouragement pour les flagellants des deux sexes.
En somme, ce livre est, comme nous l'avons dit déjà, le seul qui ait quelque mérite et qui semble se baser non sur des inventions mais sur des faits réels et vécus.
Exposition de flagellants femelles, dans le monde modeste et incontinent, prouvant par des faits indubitables qu'un certain nombre de dames trouvent un secret plaisir à fouetter leurs propres enfants et ceux commis à leur charge et que leur passion pour exercer et ressentir le plaisir d'une verge de bouleau appliquée par des sujets de leur choix de l'un et de l'autre sexe est du tout au tout aussi prédominant que celui que leur procure le commerce avec les hommes. Publié maintenant pour la première fois d'après des anecdotes authentiques, françaises et anglaises, trouvées dans le boudoir d'une dame. Embellie de six belles planches in-quarto, supérieur à n'importe quoi de ce genre qui ait jamais été publié. Londres. Imprimé pour G. Peacock, no 66, Drury-Lane[19].
[19] Exhibition of Female Flagellants, in the Modest and Incontinent World. Proving from Indubitable Facts that a number of Ladies take a Secret Pleasure in whipping their own, and other Children committed (sic) to their care, and that their Passion for exercising and feeling the Pleasure of a Birch-Rod, upon Objects of their Choice of both Sexes, is to the full as predominant as that of Mankind. Now first published, from authentic Anecdotes, French and English, found in a Lady's Cabinet. Embellished with six beautiful Quarto Prints, superior to any thing of the kind ever Published. London. Printed for G. Peacock, no 66. Drury Lane.