Dans les Chants de Maldoror (Paris et Bruxelles, «chez tous les libraires,» 1874, in-18) nous cueillons ce passage qui le dit bien:
«… Tu auras fait le mal à un être humain et tu seras aimé du même être: c'est le bonheur le plus grand que l'on puisse concevoir.»
Il serait oiseux, dans cette préface, de refaire en abrégé l'historique de la Flagellation qui se développe avec toute l'ampleur que comporte le sujet dans le volume que nous présentons à nos lecteurs.
Notre rôle se borne ici à expliquer le but que nous poursuivons en publiant cet ouvrage. Nous voulons propager, dans la mesure du possible, la connaissance approfondie d'une passion humaine qui se présente sous des aspects tellement divers et revêt des formes si variées qu'elle offre un champ d'études très vaste. On pourra puiser dans notre Étude sur la Flagellation maints enseignements, en tirer maintes moralités et se faire une idée exacte des différentes anomalies de la nature humaine dans ses vices, au point de vue des jouissances toutes charnelles, qui n'empiètent en rien sur le domaine intellectuel et moral. On ne saurait en effet, taxer l'âme de tares qui n'affectent que la vile enveloppe humaine, le corps, et constituent, tout aussi bien que d'autres défauts constitutionnels, des aberrations physiques, c'est-à-dire un état maladif latent, dont, en somme, elles procèdent.
Cet ouvrage était accompagné de sept eaux-fortes représentant des scènes de flagellation.
Ces illustrations, d'un caractère artistique indéniable, ont été poursuivies et détruites par le Parquet, sur la dénonciation et à la requête d'une Société anglaise. Toute la presse parisienne a été unanime à flétrir ces poursuites. Nous donnons quelques extraits des principaux journaux qui se sont élevés avec indignation contre les procédés employés en cette occurrence:
Du Radical, 7 juillet 1899, sous le titre: Les dessins de la Flagellation.
La neuvième chambre correctionnelle a condamné hier, à 200 francs d'amende, pour outrage aux bonnes mœurs, M. Carrington, éditeur, à raison de divers dessins qui accompagnent l'Histoire de la flagellation à travers les âges, ouvrage publié par sa maison.
C'était Me Albert Meurgé qui assistait le prévenu. Il a fait remarquer, non sans ironie, que ce fut la plainte d'une Société anglaise, la «National Vigilance Association» qui mit en mouvement le parquet français. Et il a ajouté, aux rires de l'auditoire, que ce qui avait offensé cette vertueuse Société, c'était une publication antérieure de M. Carrington, les Dessous de la pudibonderie anglaise, où l'hypocrisie de ces messieurs d'Outre-Manche se peut voir à nu.
Des Droits de l'Homme, 7 juillet 1899, sous le titre: Pudibonderie anglo-française.