M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé l'Histoire de la flagellation au point de vue médical, historique et religieux.

A la suite d'une dénonciation d'une société de puritains anglais la «National Vigilance Association», le parquet a trouvé que les gravures de l'Histoire de la flagellation étaient obscènes et M. Carrington a comparu devant la neuvième chambre du tribunal correctionnel.

Me Meurgé assiste le prévenu.

C'est bien ce qu'on peut appeler l'internationalisme de la répression, le parquet parisien s'étant mis à la remorque d'une société anglaise.

M. Carrington avait publié récemment un livre intitulé les Dessous de la pudibonderie anglaise. Cette publication ne doit pas être étrangère aux représailles de la présente poursuite.

Malgré les efforts de Me Meurgé, M. Carrington a été condamné à 200 cents francs d'amende.

Du Petit Bleu, 6 juillet 1899, sous le titre: Pudeur Anglaise:

M. Carrington, a publié en France un ouvrage qui a pour titre: la Flagellation à travers l'histoire. M. Carrington a raconté les fustigations légendaires dont certains personnages historiques furent les héros ou les victimes: telle, la rivale de la duchesse du Barry, flagellée sur l'ordre de la favorite par «quatre robustes chambrières»; tel le chevalier de Boufflers à qui une épigramme irrévérencieuse valut une correction de même nature.

M. Carrington a fait suivre ses récits de certaines eaux-fortes, dans le goût des dessins du XVIIIe siècle, ayant un caractère artistique incontestable, mais ayant aussi, paraît-il, un caractère obscène.

Qui s'en est plaint? Personne en France. Mais notre «Ligue contre la licence des rues» a été mise en mouvement par une société analogue qui, vigilante et inexorable, fait bonne garde autour de la pudique Albion.

M. Carrington ayant vendu des exemplaires de son livre en Angleterre, la «National Vigilance Association», ayant son siège à Londres, a demandé à M. le sénateur Bérenger de faire poursuivre la répression de l'outrage aux bonnes mœurs commis par l'auteur.

Le président de la ligne française a transmis la plainte au parquet qui a déféré M. Carrington au tribunal correctionnel.

M. le substitut Rambaud, avec cette largeur d'idées et cette finesse d'esprit qu'on lui connaît, a soutenu la prévention avec austérité mais sans passion.

Me Meurgé a défendu le prévenu, qui déclarait que ses compatriotes avaient voulu se venger de la publication qu'il a faite d'un livre intitulé la Pudibonderie anglaise.

M. Carrington a été condamné à 200 francs d'amende.

La tribunal a ordonné, en outre, la destruction des objets saisis.

Pauvres eaux-fortes galantes!

De l'Intransigeant, 8 juillet 1899, sous le titre: La flagellation en correctionnelle:

Fichtre! on ne s'est pas ennuyé, hier, à la neuvième chambre correctionnelle!

M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé: «l'Histoire de la flagellation aux points de vue médical, historique et religieux.

Or, ledit ouvrage est illustré de nombreuses planches, lesquelles on le devine ne manquent pas d'un certain… intérêt.

Tant et si bien que la pudeur anglaise s'est émue, mais émue au point que la «National Vigilance Association» a fait un appel désespéré à la pudeur française, en la personne de son père et vigilant gardien, M. Bérenger; et c'est ainsi que M. Carrington se trouve assis en police correctionnelle en compagnie de ses bouquins.

Voilà-t-il pas Me Meurgé qui, dans sa malice, s'avise de vouloir prouver que, chaque jour, le parquet laisse en vente de pires horreurs! Et alors non, je ne peux pas vous dire tout ce qui défila devant les yeux du tribunal!

Ah! sapristi, c'est un joyeux métier que celui de juges!…

Mais, enfin, les fautes des uns n'innocentent pas les autres, et M. Carrington n'en a pas moins attrapé 200 cents francs d'amende.

Allez donc faire de l'art, après ça!…

Du Rappel, 8 juillet 1899, sous le titre: une Morale d'exportation.

C'est de nos voisins qu'il s'agit.

Nous avons la bonne fortune de posséder une Société qui nous sauve, paraît-il, de la pluie de feu qui détruisait les villes maudites. Ils en ont une en Angleterre! et terrible! auprès de laquelle notre «Bérengère» paraît toute de mansuétude et de tolérance. De très hauts personnages composent le comité de cette National Vigilance Association dont Sa Grâce le duc de Westminster est le président.

Nationale, dit le titre. C'est Internationale qu'il faut lire.

Notre ami Blondeau vous a conté hier le procès fait à un éditeur de Paris, M. Carrington, sur la plainte de cette Société.

L'éditeur a été condamné; il s'agissait d'une publication en langue française. Il est étrange que le parquet ait cru devoir poursuivre sur la plainte d'une association étrangère.

La Vigilance Association a donc des attributions plus étendues que la nôtre, tellement étendues que son action s'exerce surtout, vous vous en doutez un peu, contre les productions littéraires du continent: Sapho de Daudet; les nouvelles de Maupassant; les romans de Zola; la Vie de Bohême de Murger, etc., ont encouru ses foudres et la justice anglaise a poursuivi et condamné les traducteurs et les éditeurs de ces ouvrages.

Faut-il ajouter à cette liste Boccace et Rabelais et la Reine de Navarre? Ceux-là aussi furent proscrits.

Ne rions pas! La Vigilance Association a fait des victimes. Un éditeur estimé de l'autre côté du détroit, M. Vizetelly, dont le catalogue semblait le livre d'or de nos gloires tant il avait pris à cœur de répandre les noms des meilleurs écrivains français, cet éditeur, dis-je, un vieillard de soixante-dix-huit ans poursuivi à la requête des Vigilants pour avoir traduit et publié l'Assommoir d'Émile Zola, fut condamné à dix-huit mois de hard-labour. Il mourut en prison.

Mais, direz-vous, ces poursuites témoignent d'un état morbide de la pensée: toutefois, comme elles sont dirigées contre les traductions en langue anglaise et des éditions faites en Angleterre, nous perdons tout droit de protester, du moins dans une certaine mesure. Cela est évident, mais puisque les pères la pudeur de Londres viennent chez nous, cela devient plus grave.

Qu'a donc publié d'horrible M. Carrington? Une Étude sur la Flagellation au point de vue historique et médical, livre tiré sur grand papier, à petit nombre, pour des souscripteurs, et accompagné de gravures représentant des scènes historiques de flagellation. Dans ces gravures, sans qu'il soit possible d'y découvrir la moindre pensée obscène, les personnages fouettés sont représentés vêtus, n'ayant de découvert que la partie du corps flagellée.

Le délicieux Willette, dans un numéro récent du Courrier Français ne représentait-il pas plus crûment encore et sans que personne pût songer à s'en offenser une scène de ce genre: une horrible scène de flagellation d'une jeune fille… en pays de langue anglaise?

Dans sa spirituelle plaidoirie, Me Meurgé, a fait bonne justice des allégations du parquet. Il a d'ailleurs découvert le véritable mobile non des poursuites engagées mais de la plainte: M. Carrington, sujet anglais, a publié dernièrement les Dessous de la Pudibonderie anglaise. Tout s'explique! L'accès de pudicité est une petite vengeance.

Malheureusement pour la Vigilance Association, il ne s'agissait pas dans l'espèce d'une officine pornographique, mais d'une librairie d'art et de sciences, de l'éditeur des traductions anglaises du Cabinet secret de l'Histoire du docteur Cabanès (également poursuivies) d'un ouvrage de Tarnowsky, professeur de l'Académie impériale de Russie, l'un des plus célèbres psychologues de notre temps et d'autres livres luxueux et précieux.

Je m'empresse d'ajouter que de courageux et nobles esprits n'ont, en Angleterre même, jamais cessé de lutter contre les agissements de cette pudibonde Société, et j'ai sous les yeux l'admirable plaidoyer que rédigea pour Vizetelly, Robert Buchanan, l'un des maîtres de la littérature anglaise.

Et pour qu'on sache bien à quels esprits nous avons affaire, citons ce dernier trait. Il montrera leur discernement, leur science et leur goût et leur aptitude à mettre sur le même plan quelques ordures indiscutablement ordures et d'admirables œuvres.

Richard Burton, le célèbre voyageur anglais et le merveilleux traducteur des Mille et une Nuits, le premier Européen qui, après Burckhardt, put pénétrer jusqu'à la Mecque, avait recueilli au cours de ses voyages incessants à travers toute l'Asie, un nombre considérable de manuscrits précieux, uniques. Ces manuscrits orientaux formaient une collection que les savants auxquels il fut donné de les parcourir déclaraient inestimable. Ils étaient destinés à jeter un nouveau jour sur une foule de questions littéraires, scientifiques et historiques et des experts consultés les avaient estimés, pour leur seule valeur artistique, à la somme de vingt-cinq mille francs! Ce dernier détail, peu important en soi, a cependant quelque intérêt.

Or,—je n'invente pas, je cite—dans son IIe rapport (1896) la National Vigilance Association annonçait à ses membres qu'elle avait reçu des mains de la veuve de Richard Burton cette collection précieuse et qu'elle l'avait détruite.

Ami John Bull! Vous qui lisez si bien la Bible, consultez un peu l'évangile et, si la paille française vous ennuie, songez à la poutre britannique.

La place nous manque pour donner les extraits de tous les journaux qui se sont occupés de cette affaire.

Nous citerons encore:

Le Temps, le Journal, le Journal du Peuple, la Presse, le XIXe siècle, la Petite République et nombre de journaux anglais: Daily Telegraph, Daily Chronicle, Daily Messenger, Reynolds Newspaper, etc. etc., etc.