Mémoires d'une danseuse russe, par E. D., auteur de Défilé de fesses nues. Paris, sous les galeries du Palais-Royal, 1892, 3 volumes in-18o (Une édition possède des gravures).
L'ouvrage est divisé en trois parties:
1o Mon enfance chez un boyard;
2o Chez la modiste à Moscou;
3o A l'académie impériale de Danse.
Voici quelques extraits de l'avant-propos:
«Je liai connaissance à Paris, pendant l'Exposition de 78, avec une danseuse russe, qui faisait partie d'un corps de ballet en représentation dans un théâtre du Trocadéro. Mariska—c'est le nom que nous donnerons à la danseuse qui l'a pris pour signer ses mémoires—avait trente-huit ans sonnés, et n'en paraissait pas plus de trente, malgré les nombreuses tribulations par lesquelles elle était passée dans le cours de son existence.
«L'ampleur de ses formes postérieures m'intriguait, au dernier point, par le développement qui bombait d'une façon exagérée les jupes repoussées. J'avais, chaque fois que je la rencontrais, une question sur le bout de la langue, mais je n'étais pas encore assez familier avec la ballerine, pour m'informer de la cause d'une pareille envergure, que j'attribuais aux exercices physiques, auxquels devaient se livrer dès leur enfance les élèves de Terpsichore.
«Je tournais autour de la belle Slave, lorgnant d'un œil d'envie le superbe ballonnement, tenté de palper l'étoffe comme par hasard, mais j'osais à peine l'effleurer, craignant des rebuffades, bien que Mariska parût m'encourager de l'œil.
«Un soir, j'eus l'occasion de tâter l'étoffe soyeuse, qui couvrait la somptueuse mappemonde. Nous allions souper au cabaret, deux de mes amis et moi, avec la danseuse, en cabinet particulier. Je montai derrière elle les degrés qui conduisaient au salon du premier; j'en profitai pour prendre dans mes mains la mesure de la circonférence, qui me parut d'un volume remarquable, sans qu'elle s'en montrât le moins du monde offusquée.