L'aberration, en effet, est à son comble quand le plaisir n'est excité que par la vue de la douleur ou quand la douleur ressentie aboutit au plaisir. Ce dernier sentiment même, bien que diamétralement opposé au premier, témoigne lui aussi d'une perversion singulière. L'origine, toutefois, en est plus mystérieuse. Deux classes distinctes d'hommes recherchent en effet dans la douleur une excitation au plaisir: le mystique et le débauché. Mais le plaisir que chacun d'eux recherche est, en son essence, trop différent pour que la question ne soit pas par cela même éminemment complexe.

La sainteté

Ainsi que dans la pourpre un délicat se vautre

Dans les clous et le crin cherchant la volupté

et l'impuissant ou le blasé flagellant ses reins appauvris pour ranimer une ardeur qui n'y fut jamais ou qui s'y éteignit par l'abus, demandent au même instrument de supplice des sensations totalement différentes.

Tous deux relèvent peut-être de la psychopathie, mais chacun réclame une étude spéciale.

Si le sadisme et le masochisme ont, sous ces plumes expertes, vu leurs arcanes abominables savamment dévoilés, il reste un travail non moins intéressant à tenter sur le goût de la souffrance chez les mystiques de toute race et de tous credo. Ce travail constituerait un chapitre et non l'un des moindres, d'un traité de l'Érotologie mystique, traité qui reste à faire et qui devrait tenter la verve érudite d'un poète.

La flagellation considérée comme châtiment ou comme adjuvant de luxure, donnée ou soufferte, est évidemment un sujet capable d'attirer et de fixer l'attention.

Dans l'un et dans l'autre cas, elle doit sa vogue dont témoigne l'histoire des mœurs chez tous les peuples, à l'humiliation profonde endurée par le patient, humiliation d'où provient, quand elle joue le rôle d'un aphrodisiaque, la volupté du masochiste humilié et savourant sa souffrance.

Donnée sur les épaules ou sur le dos, elle ne peut exciter que cette sensation et pourquoi la flagellation pénale est le plus souvent appliquée de cette façon, sauf dans la famille où les parents s'ils n'ont en but qu'une correction régulière et sans arrière-pensée, l'appliquent sur les fesses de leur progéniture.