Je trouve, en continuant ma lecture, de curieuses anecdotes: c'est ainsi qu'il habitait à Sydney—actuellement l'une des plus belles villes de l'Australie—deux flagellateurs, véritables artistes (?) en leur genre. Ils travaillaient toujours ensemble, l'un de la main droite, l'autre de la gauche, et se disaient capables de fouetter cruellement un homme sans lui soutirer la moindre goutte de sang. Le dos des malheureux suppliciés avait l'aspect d'une véritable pomme soufflée, tout parsemé qu'il était de boursouflures qui restaient sensibles et faisaient endurer aux patients une douleur beaucoup plus longue que celle produite par la coupure de la peau.

Ordinairement les bourreaux entamaient les chairs: il se trouvait à Sydney tout autour du champ d'exécution situé dans Barrack Square, un sol saturé de sang humain.

Une curieuse anecdote racontée par l'auteur: Un individu fouetté par les deux flagellateurs dont j'ai parlé quitta le lieu d'exécution, le sourire aux lèvres, remettant sur ses épaules horriblement tuméfiées sa flanelle de forçat d'un geste de défi, se vantant que les bourreaux étaient incapables de lui arracher le moindre soupir.

Un autre prisonnier, flagellé avec la plus grande force sur les reins, s'époumonnait en vain à crier: «Plus haut, plus haut.» Le bourreau continuait froidement son œuvre. Le malheureux, une fois débarrassé de ses liens, saute sur l'exécuteur et le couche à terre d'un coup de poing. Aussitôt saisi, il dut subir, dans le triste état où il se trouvait, une punition équivalente à la première.

Parfois, un prisonnier reconnu innocent était nonobstant fouetté: Un malheureux forçat fut condamné à recevoir 50 coups du chat. Au moment de l'exécution de la sentence une circonstance imprévue prouve sa parfaite innocence.

—Qu'importe, dit le juge de Launceston, chargé de faire exécuter la punition; qu'il soit puni d'abord et je lui ferai grâce une autre fois.

Les prisonniers étaient astreints à saluer en se découvrant tous les officiels de la colonie. A ce sujet, l'auteur raconte le cas de ces forçats qui, en janvier 1839, exécutant une construction à Woolloomollô Bay, sur la propriété de Sir Maurice O'Connell, blessèrent grièvement leur contremaître en lâchant, pour saluer leur maître, une énorme pierre qu'ils transportaient.

Le capitaine O'Connell décréta de ce fait que les ouvriers employés chez lui ne seraient plus astreints à saluer pendant le travail. Ce qui n'empêche qu'un beau jour le Préfet de police de Sydney fasse fustiger un nommé Joseph Todd qui, chargé d'un lourd fardeau, était dans l'impossibilité absolue de saluer ledit chef de police (le colonel Wilson[50]).

[50] Voici comment l'auteur raconte cette anecdote:

«… Le colonel Wilson passait là, accompagné de sa fille. Les forçats continuèrent leur tâche, ne prêtant nulle attention au Préfet de police, quand celui-ci s'écria d'une voix furieuse: «Otez vos chapeaux!» Quelques-uns s'exécutèrent, mais l'un d'eux, nommé Joseph Todd, chargé d'un lourd fardeau, ne broncha pas sous l'ordre. «Otez votre chapeau, canaille!» reprit le colonel. «Je suis autorisé à ne pas le faire,» répondit Todd. Le Préfet se répandit en grossières injures. Enfin, n'y tenant plus: «Qu'on l'arrête,» cria-t-il, et aussitôt accoururent un sergent et quelques hommes. Todd opposait une vive résistance. Il n'en fut pas moins saisi et fustigé cruellement. Le jugement portait que Todd avait commis une grave infraction en refusant de se livrer aux soldats qui venaient l'arrêter, refus qui n'était acceptable que pour un homme libre!»