Ce recueil contient un choix de lettres sur des sujets très piquants, prises dans la collection d'un bibliophile anglais, qui a bien voulu me les communiquer. J'ai traduit les unes, copié le texte des autres, en déguisant les noms des lieux et des personnages.
Je crois cette publication destinée à un grand succès. Rien de plus émoustillant que ces récits alertes, qui chatouillent le lecteur et la lectrice par la verve salace qui les distingue des ouvrages parus dans ce genre jusqu'à ce jour, sans en excepter les piquants souvenirs de M. Martinett, que je viens de savourer. Puis la variété des récits écrites par des plumes différentes, ajoute un grand charme à l'intérêt déjà considérable de cet ouvrage sans rival. C'est un chef-d'œuvre qui complète la collection des érotiques. Je suis d'autant plus à l'aise pour en parler ainsi, sans qu'on puisse me taxer de forfanterie, que je ne suis ici que le fidèle traducteur, ou le modeste copiste.
A vous, charmantes lectrices, je dédie ce nouveau chatouilleur, bien digne d'éclipser tous ces aînés: car quoi de plus séduisant en ce monde, que le défilé sous nos yeux émerveillés de ces ravissants objets, désignés par le titre un peu gros de cet ouvrage, gracieux ornement, suspendu dans l'espace, que vous balancez dans un déhanchement voluptueux, riche, somptueux, opulent, l'orgueil d'un sexe adorable, le plus lorgné de ses appas, devant lequel le genre humain, hommes et femmes, tombe à genoux, pour lui adresser ses fervents hommages.
Après un tel panégyrique de cet ornement suspendu dans l'espace (?!) tirons le rideau.
Randiana, or Excitable Tales, contient des détails poussés jusque dans leurs plus infimes parties. L'auteur ne cherche pas à déguiser sa pensée. J'ignore absolument quel peut être cet auteur, mais c'est certainement un homme du monde, et du meilleur.
L'ouvrage se compose de vingt-quatre chapitres, écrits avec beaucoup de verve, dans un très pur anglais. Ce n'est certainement pas une traduction, les scènes se passant d'ailleurs en grande partie à Londres. Il y a cinq chapitres sur les vingt-quatre, que je dois signaler spécialement, attendu qu'ils se rapportent à notre sujet.
Dans le chapitre V, on trouve un abrégé de l'histoire de la flagellation et dans le chapitre VI, on entre dans le vif de la question, avec l'histoire de deux ecclésiastiques qui ont persuadé à une jeune femme de laisser expérimenter sur son corps les bienfaits de la flagellation.
Ce volume, publié vers 1880 à Londres (?) est devenu presque introuvable. Il a été réimprimé en 1897 à Paris, en une charmante édition tirée, sur papier de Hollande, à 200 exemplaires numérotés à la presse. Le titre de cette édition porte: Social Studies of the Century. Randiana, or Excitable Tales. Paris, Société de Bibliophiles for the Delectation of the Amorous and the instruction of the amateur in the Year of the excitement of the sexes, MDCCCXCVIII.
Pisanus Fraxi, l'éminent bibliographe fait, sur ce volume, les remarques suivantes:
Chacun des vingt-quatre chapitres de cet intéressant ouvrage, contient une petite affaire d'amour, brièvement et habilement racontée, et dont l'auteur est le héros.
Aucune de ces aventures ne dépasse le domaine des choses possibles: elles peuvent même fort bien—exagération mise à part—arriver à tout homme du monde possédant, en sus de l'amabilité, une bourse bien garnie. Néanmoins, l'auteur me permettra d'être sceptique quand il affirme:
«Je suis homme à ne pas farder la vérité, mais aussi à ne raconter que ce qui est, et si extraordinaire que puissent paraître quelques-uns de mes racontars à ceux qui n'ont jamais passé par de semblables habitudes, elles n'en sont pas moins exactes. La lecture de cet exposé fera, je crois, grandir le zèle avec lequel il sera lu.»
J'hésite vraiment à porter croyance—ajoute Pisanus Fraxi—aux effets magiques du baume Pinero, ni à l'emploi sans danger d'un semblable aphrodisiaque dans de semblables scènes d'orgie et de flagellation pratiquées par le père Pierre de Sainte-Marthe des Anges, de South Kensington, ni à l'aventure audacieuse avec la vertueuse Mme Leveson.
L'improbabilité même de ces scènes peut être sans doute considérée par quelques-uns des lecteurs comme une marque d'originalité et le volume sera certainement salué comme joyeuse arrivée par tous les philosophes de la même école que l'auteur.
Théodore de Banville.—Contes héroïques. Paris, 1884.
Je ne classe pas cet ouvrage parmi ceux écrits exclusivement sur la flagellation. Théodore de Banville n'était pas coutumier de tels livres. N'empêche que le premier des contes, La Borgnesse, se terminait par un sujet de flagellation qui vient apporter là sa note sombre.