Je remarquais sur le dos et le postérieur de Mary que la peau était zébrée de longues lignes blanches, profondes, produites par la baguette.
La quarteronne semblait éprouver un certain plaisir à exposer ses charmes, et elle serait sans doute restée longtemps encore dans cette position si sa maîtresse ne l'avait invitée à laisser tomber ses jupons. Elle quitta alors la pièce en souriant, très satisfaite.
—Eh bien! me dit Dolly, vous avez vu les tatouages qui ornent la peau de ma domestique. De plus, elle a été séduite ou, pour mieux dire, prise de force par le fils aîné de son maître; elle n'avait alors que quinze ans. Elle passa ensuite par les caprices des deux plus jeunes, ce qui ne l'empêcha d'ailleurs nullement de recevoir le fouet pour la moindre peccadille. Parfois, m'a-t-elle raconté, elle était dans l'obligation de coucher avec un de ses maîtres et, encore toute saignante de coups, de se plier à toutes ses fantaisies. J'ai à mon service, comme cuisinière, une femme noire de trente-cinq ans environ. Elle vient de la Caroline du Sud. Son corps est encore plus atrocement déchiré que celui de Mary.
Dolly but une gorgée de thé et continua:
—Ne croyez-vous pas maintenant que l'abolition de l'esclavage est une bonne chose?
Je répondis affirmativement.
Nous n'échangeâmes que peu de paroles pendant la fin du déjeuner.
Je m'habillai promptement et quittai Dolly, lui rappelant notre entrevue du soir et sa promesse de me raconter les aventures de sa vie. Je passai une journée agitée, brûlant d'entendre Dolly me raconter des aventures, que je soupçonnais palpitantes et pleines d'intérêt.
L'aiguille du temps tournait trop lentement à mon gré. Enfin, elle marqua sept heures, et j'accourus, on plutôt je courus chez ma nouvelle maîtresse. Elle me reçut avec affabilité, et, après avoir soupé sommairement, tant était grande mon impatience, j'allumai un cigare et m'installai commodément et j'attendis le récit promis. Comme il devait être très long, je résolus d'exercer mes talents sténographiques. L'occasion me parut, d'ailleurs, excellente.
Donc, ce qui suit est l'exacte reproduction des paroles de Dolly. Je les ai reproduites sans y rien ajouter, sans nul commentaire. C'est, en vérité, une confession que je livre au Public. A lui d'en tirer telle instructive moralité qu'il lui plaira.