Parmi tous les ouvrages sur la flagellation des femmes—et ils sont légion—je crois que c'est le seul qui soit réellement vrai. Poursuivi en Allemagne au moment de sa publication, ce volume est devenu très rare, et c'est à l'érudit libraire de Dresde, M. D… qui s'occupe exclusivement de livres allemands sur ce sujet, que je dois la communication de l'exemplaire que je possède. Le plan de l'ouvrage est peu compliqué et ce n'est pas là son moindre mérite. Hélène, l'héroïne de l'ouvrage, une jeune femme d'assez bonne éducation et employée comme domestique, est accusée d'avoir volé, arrêtée, condamnée et envoyée dans une maison de correction. Pendant toute sa détention, elle entretient une correspondance suivie avec son fiancé, établi à ce moment dans un autre pays, et écrit également à une de ses anciennes amies. Dans ces lettres, elle décrit tout au long ses souffrances dans la maison de correction, ainsi que les scènes de flagellation dont elle est parfois le témoin involontaire. Comme je l'ai fait observer, l'auteur ne s'attache nullement à faire ressortir les diverses sensations plus ou moins voluptueuses qui accompagnent ordinairement ces pratiques. La jeune héroïne, certainement ignorante à ce sujet, raconte naïvement que les nobles dames du voisinage de la prison ne manquaient jamais une occasion de venir voir fouetter les hommes ou les jeunes garçons envoyés dans cette maison pour y recevoir leur peine!
A l'arrivée à la prison, les condamnées étaient préalablement soumises à la visite du chirurgien, puis fouettées. Le passage où la jeune domestique raconte son arrivée dans cet endroit infâme est certes un des plus intéressants de tout le volume. La place me manquant, je ne puis en citer malheureusement que quelques lignes[72].
[72] Je ne traduis pas littéralement. Je me contente de citer à peu près pour la compréhension de lecteur français.
Hélène, arrivant en voiture à la maison de détention, écrit:
«En descendant, je m'imaginais que quelqu'un avait prononcé ces mots:
«Ah! Ah! voilà un morceau délicat pour «la bienvenue»[73].
[73] La correction infligée à l'arrivée dans la prison s'appelait la bienvenue.
«Le cocher, qu'un gros rire soulevait approuvait de la tête. On me conduisit alors dans un petit bureau situé au rez-de-chaussée, où bientôt entra un homme qu'on me dit être le chirurgien de l'établissement.
«Hélas! c'était la conséquence obligatoire de mon entrée dans cette maison, et je devais me courber sous la loi d'inéluctable circonstance, mais, quoique je reconnaisse maintenant que je devais passer par là, je trouve qu'il n'en est pas moins honteux et dégradant de se plier à de telles exigences.
«Cependant sans avoir prononcé un seul mot, le chirurgien s'était approché de moi, et m'examinait minutieusement. Épargnez-moi l'exposé de mes sentiments pendant que cet homme me regardait: j'en mourrais de honte.