Je puis citer parmi les ouvrages anglais oubliés: The Yellow Room, Lady Gay Spanker, The Lustful Turk, etc. J'y reviendrai d'ailleurs.
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Maintenant quelle utile moralité pouvons-nous déduire de cette bibliographie? Je crois que sa lecture attentive permet d'affirmer à nouveau ce que je n'ai cessé de répéter à propos de ce genre tout spécial d'ouvrages, qu'au fond de la nature humaine sommeille ce besoin de destruction, qui rend l'homme comparable à l'animal, avec cette différence toutefois, que celui-ci met bien moins de raffinement que celui-là et de cruauté dans l'assouvissement de ses passions. Quelle en est exactement la cause? Je crois que les sentiments comprimés, loin de s'étouffer tendent au contraire à éclater avec beaucoup plus de violences, et chaque siècle et chaque pays produit ses Néron, ses Sade, ou ses… Oscar Wilde.
Le crime passionnel a de tout temps vivement préoccupé l'opinion publique, et provoqué l'attention des savants. Les cas isolés qui se sont déroulés en notre pays, depuis Sade jusqu'à Vacher, ne sont que la reproduction en petit, la répétition, l'imitation sanglante d'un petit nombre, contemplateur, parfois admirateur des forfaits des peuples. Et encore ces faits sont-ils le plus souvent considérés comme des incidents qui passent sans laisser trace dans l'existence universelle.
Peut-être quelques-uns de nos lecteurs ont-ils lu les admirables articles que publia Vigné d'Octon dans un grand journal parisien. Ils se rattachaient exclusivement à la colonisation, à l'apport de notre civilisation chez les peuples qui n'en veulent pas. Et toujours, il en sera ainsi, tant qu'un petit nombre d'hommes, s'arrogera le droit d'imposer à des races inférieures leurs lois, leurs mœurs, leurs croyances.
Après les conquêtes, les luttes entre les races sœurs, le faible a dû de tous temps céder au plus fort, et l'un des plus grands capitaines—sinon bandits—que l'Europe ait possédé n'a pas craint de posséder cette phrase odieuse: La force prime le droit. Autrefois, les races aborigènes de l'Amérique, hier la Pologne, aujourd'hui d'autres peuples disputent héroïquement, aux envahisseurs doublés d'oppresseurs habillés en civilisés leurs territoires, leurs biens. Demain, les nations s'entredévoreront.
Sang, amour, massacre! ces trois mots semblant liés par un lien indissoluble régneront encore longtemps sur l'esprit des hommes. Folie sadique ou folie des grandeurs, meurtres érotiques ou viols en temps de guerre, même recommencement sinistre de l'humanité qui croît en grandeur mais aussi en épouvante.
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Pourquoi ai-je été amené à parler de la flagellation? J'ai cru que c'était là le seul moyen capable de montrer combien il faut peu de chose pour réveiller le monstre qui sommeille en nous.
La luxure est certainement le mal qui fait le plus de ravages dans l'humanité. Or la luxure est bien rarement indépendante de la cruauté et, pour exercer cette dernière, la flagellation semble venir comme corollaire indispensable, complétant merveilleusement cet instinct du mal, et, qu'elle soit donnée ou soufferte, elle ne fait pas moins partie intégrante du sadisme. Parcourez les nombreux thèmes émis sur la matière. Lisez sans vous interrompre ces pages où chaque auteur s'est efforcé de dépasser son prédécesseur en horreur, et comparez à ces ordures—incontestablement ordures—les nombreuses études sérieuses publiées à ce sujet par des plumes autorisées. La différence est minime. Dans la première catégorie de ces ouvrages, une note domine: l'érotisme, mais enfanté par le cerveau quelque peu en délire d'un auteur qui rarement a du talent. Dans la seconde catégorie, les sujets étudiés—je parle des sujets humains—sont tous possédés de la manie érotique poussée à son extrême limite. Ce sont des fous.