Quand je fus un peu remise, je suppliai Randolph de délivrer Miss Dean. Mais, furieux après la pauvre femme, il refusa tout d'abord. Enfin je le priai avec une telle ardeur qu'il se laissa fléchir et me promit de la délivrer avant de quitter la maison.

—Maintenant, Dolly, je vais aller chercher le buggy. Il est au bout de l'avenue, je ne serai donc pas long; restez tranquillement assise, et surtout n'essayez pas de vous sauver; les lyncheurs sont aux environs, et si vous retombiez dans leurs mains, il pourrait vous en cuire.

L'idée de me sauver était bien loin de moi; mes membres étaient si endoloris que je n'avais même plus conscience de l'endroit où je me trouvais. Je m'étendis tout de mon long sur le canapé, heureuse de moins souffrir.

Randolph reparut bientôt; il attacha son cheval et s'approcha en disant:

—Allons, Dolly, j'enverrai prendre vos affaires demain. Pour cette nuit, mes femmes vous procureront le nécessaire. Pouvez-vous marcher jusqu'à la voiture, ou voulez-vous que je vous porte.

J'essayais de marcher, mais mes jambes se dérobaient sous moi. Il m'enleva dans ses bras, me porta jusqu'au buggy et m'enveloppa de couvertures. Se dirigeant ensuite vers Miss Ruth, il défit les cordes qui l'attachaient, sans s'inquiéter davantage de la malheureuse. Ma pauvre amie descendit péniblement de son terrible perchoir, en me disant d'un ton suppliant:

—Dolly, n'allez pas avec cet homme, ma chérie, vous ne savez pas ce que vous faites; il vous a arraché votre promesse au moment où la douleur vous affolait; vous n'êtes donc pas forcée de vous y conformer, restez avec moi, petite.

Ma lâcheté me fit répondre en tremblant:

—Je ne le puis; je suis en son pouvoir.

—Oui ma fille, dit Randolph, vous êtes à ma merci, et si vous essayez de vous dérober, vous ne tarderez pas à vous retrouver à cheval sur la palissade. Puis se tournant vers Miss Dean, il lui dit d'un ton rude: