Je me mis à pleurer de nouveau, à le supplier encore de me délivrer sans conditions; mais sans prêter la moindre attention à mes prières il alluma un cigare et alla s'appuyer à la barrière en nous regardant d'un air indifférent, pendant que nous nous tordions en d'indicibles souffrances.

Je résistai encore quelques minutes; enfin, exaspérée, à bout de forces, sentant qu'il me serait impossible de supporter davantage cette torture je criai à Randolph:

—Descendez-moi… je ferai tout ce que vous voudrez.

—Dolly, ma chérie, s'écria Miss Dean, je vous en prie, ne brisez pas votre vie; vos souffrances seront bientôt finies; encore un peu de courage; faites comme moi, je préférerais mourir que de céder à cet homme.

Elle était de l'étoffe dont sont faits les martyrs.

—Êtes-vous tout à fait décidée, dit Randolph en posant sa main sur le nœud de la corde.

—Oui, oui, dépêchez-vous!

—Oh! Dolly, ma pauvre petite, comme je vous plains, dit Miss Dean d'un ton navré. Vous ne savez pas ce que l'avenir vous réserve.

Puis elle baissa la tête et se reprit à pleurer.

En un clin d'œil, Randolph avait dénoué les cordes, et, m'enlevant dans ses bras, me porta à la vérandah, où il me fit asseoir dans un fauteuil. J'éprouvais à demeurer ainsi, un bien-être délicieux après les intolérables tortures que j'avais eu à subir. Il alla me chercher un verre d'eau que je bus avidement; j'avais la bouche sèche; de plus, l'excès de la douleur m'avait donné la fièvre.