Elle me regarda attentivement sans cependant exprimer la moindre surprise.

—Dinah, lui dit son maître, cette dame vient d'être victime d'un assez grave accident. Portez-la dans la chambre rose, et soignez-la avec zèle. Vous m'avez compris?

—Oui, maître.

Puis, s'adressant à moi:

—Je vais aller dîner, ajouta-t-il, mais Dinah aura le plus grand soin de vous; je crois que ce que vous avez de mieux à faire est de vous coucher. Ne craignez rien, vous ne serez nullement troublée cette nuit.

Je compris la signification de ces dernières paroles, mais je ne répondis pas, encore trop étourdie. La rapidité avec laquelle ces tragiques événements s'étaient déroulés m'avaient à demi troublé la raison. Dinah vint à moi et m'enlevant dans ses bras robustes, comme elle eût soulevé un enfant, me porta après avoir monté un immense escalier, dans une chambre à coucher, très élégamment meublée, puis elle m'étendit doucement sur le lit.

Elle ferma la porte, et revenant près de moi, me regarda avec douceur:

—Mo qu'a connaît qui vous êtes, dit-elle. Vous qu'étiez bonnes Mam'zelles même, qu'aidez pauv' négros marrons à gagner libertés. Tous négs connaît bien vous-mêmes, dans plantation, mais n'a pas et' neg' dénoncé vous. Mo savé que Lynchers fotté vous joud'hui. Quoiqu'a fait à vous? Vous fotté et assir su baton pointu? Vous dire à mo, ça qu'o miçants fait à vous, mo bien aimer vous pour ça qu'a fait a negs marrons.

La sympathie de cette esclave me toucha vivement et je lui racontai en détail toutes nos souffrances.

Elle quitta aussitôt la chambre et revint portant un bassin plein d'eau tiède.