—Là, tit' cœur, mo qu'a bien soigné vous.

Après m'avoir déshabillée, elle m'épongea, et frotta légèrement les ecchymoses douloureuses.

—Ça, bon pour coups, dit-elle.

Sa compresse m'apportait en effet un grand soulagement.

Tout en bavardant elle pansa soigneusement mes blessures, s'interrompant pour maugréer les lyncheurs qu'elle appelait de tous les noms maudits. Une constatation bizarre que je fis, c'est le profond mépris que professent les nègres à l'égard des blancs qui ne possèdent pas d'esclaves, de même que le respect mêlé de crainte envers les propriétaires de nègres, respect qui grandissait avec le nombre d'esclaves.

J'ajouterai également que Dinah ne sut jamais que c'était à son maître que nous devions les coups reçus si honteusement.

Dinah ayant fini de me soigner, s'en fut à la commode et ouvrit un tiroir qui, à mon grand étonnement, était plein de linge de corps d'une extrême finesse; elle m'enleva ma chemise et me passa une robe de nuit, après quoi elle me fit mettre au lit.

Elle sortit et revint peu après avec un plateau chargé de différents plats et d'une bouteille de champagne.

Elle plaça une petite table à la tête de mon lit et y mit tout ce qu'elle venait d'apporter.

Peu habituée à boire d'alcool, je demandai à Dinah une tasse de thé qu'elle me prépara immédiatement. J'étais encore très faible. Je mangeai néanmoins de très bon appétit et ce léger repas me réconforta un peu. J'avais momentanément presque oublié le passé, et ne me sentais pas le courage de penser au présent, à l'avenir moins encore.