Pendant le repas, Dinah me parla librement, mais toujours avec respect.

Je lui demandai quelques détails sur son existence:

Née dans la plantation même, elle s'y était mariée et y avait toujours vécu. Son mari était mort, la laissant sans enfants, et elle ajouta avec orgueil qu'elle était gouvernante de la maison et avait vingt femmes sous ses ordres.

Enfin elle se retira.

Mon lit était large et moelleux; j'étais horriblement fatiguée, et, cette grande lassitude aidant, je m'endormis d'un profond sommeil…

La pendule de Saxe marquait huit heures lorsque je m'éveillai le lendemain; tout d'abord, je fus étrangement surprise du lieu où je me trouvais, puis, peu à peu, la foule des événements se précisèrent en mon esprit malade: la honteuse exposition des parties les plus secrètes de mon corps, la terrible fouettée, et la chevauchée sur la barrière: je frissonnais en pensant à Randolph, et à la promesse que je lui avais faite. Il pouvait venir d'un instant à l'autre. Peut-être épiait-il déjà mon réveil, caché là à quelques pas de moi; le rouge de la honte me rendit cramoisie; je sautai vivement hors du lit pour fermer la porte à clé… il n'y avait pas de clé!

Et quand j'eusse pu m'enfermer, à quoi bon pareille précaution? Un jour ou l'autre, il faudrait bien me résigner au sacrifice inévitable.

Toute frissonnante, je me remis au lit, avec la crainte de voir entrer Randolph d'un moment à l'autre. Quand viendrait-il?… Peut-être dans la journée, ou dans la nuit? Me cachant sous mes couvertures, je m'efforçai de dormir. Impossible: toujours je voyais la face de Randolph essayant de me sourire, ce qui me semblait l'affreuse grimace d'un satyre en furie.

Vers neuf heures, Dinah entra portant un plateau avec du thé et une lettre de Randolph: il me disait avoir été appelé à Richmond pour une affaire importante, et peut-être, ajoutait-il, y serait-il retenu cinq ou six jours. Il avait fait prendre mes malles, et me disait de commander à Woodlands où je me trouvais, en maîtresse absolue.

Heureuse de ce répit inattendu, je bus mon thé et me recouchai.