Weld, dans son Slavery as it is (L'Esclavage tel qu'il est) publié en 1839, raconte le fait suivant qui indique comment étaient traités les esclaves qui s'évadaient:
«Une belle mulâtresse d'une vingtaine d'années, à l'esprit indépendant et qui ne pouvait supporter la dégradation de l'esclavage, s'était à différentes reprises, enfuie de chez son maître; pour ce crime elle avait été envoyée au Workhouse (maison des pauvres) de Charleston, pour y être fouettée par le gardien. L'exécution eut lieu avec un tel raffinement de cruauté que sur le dos de la malheureuse pendaient de sanglants lambeaux de peau; il n'eût pas été possible de placer la largeur d'un doigt entre les très nombreuses plaies qui y saignaient. Mais l'amour de la liberté s'était développé chez cette femme; elle oublia la torture et la fuite qui en avait été la cause, et elle réussit à s'évader de nouveau sans qu'on pût jamais la retrouver.»
Pour démontrer la nécessité des punitions corporelles, Olmsted nous fournit l'anecdote suivante: «Une dame de New York, allant passer l'hiver dans un des États du Sud, avait loué les services d'une esclave, qui, un jour, refusa catégoriquement de faire certain petit travail domestique qui lui était commandé. A de douces remontrances: «Vous ne pouvez m'y forcer, répondait-elle, et je ne veux pas faire ce que vous me demandez là; je ne crains nullement que vous me fouettiez.» La domestique parlait avec raison; la dame ne pouvait pas la fouetter, et, d'un cœur plus sensible que ses congénères, ne voulait point appeler un homme pour faire cette besogne, ou envoyer sa domestique à un poste de police pour y être fouettée, comme il était d'usage dans les États du Sud.
Pour ne pas laisser de marques sur le dos des esclaves, et ne pas abaisser leur valeur marchande (!), on avait substitué, en Virginie, aux instruments habituels de punition, la courroie élastique et la palette scientifique. Par le vieux système, la lanière de cuir coupait et lacérait d'une façon si déplorable la peau, que la valeur des esclaves s'en trouvait singulièrement diminuée lorsqu'ils devaient être vendus sur un marché; aussi l'usage de la courroie était-il un immense progrès dans l'art de fouetter les nègres. On assure qu'avec cet instrument, il était possible de flageller un homme jusqu'à le mettre à deux doigts de la mort, et cependant, sa peau ne portant nulle trace de violences, il en sortait sans dommage apparent.
La palette est une large et mince férule de bois, dans laquelle sont percés un grand nombre de petits trous; lorsqu'un coup est porté avec cet instrument, ces trous, par suite du mouvement précipité et de l'épuisement partiel de l'air qui s'y produit, agissent comme de véritables ventouses, et on assurait que l'application continuelle de cet instrument produisait absolument les mêmes résultats que ceux de la lanière de cuir.
L'enrôlement des nègres dans les armées fédérales pendant la guerre de Sécession a montré jusqu'à quel point terrible les esclaves avaient été soumis à la flagellation. M. de Pass, chirurgien d'un régiment de Michigan, cantonné dans le Tennessee, dit que sur 600 recrues nègres qu'il avait eu à examiner, une sur cinq portait des marques de fustigations sévères, et la plupart montraient de nombreuses cicatrices qu'on n'aurait pu couvrir avec deux doigts. Il avait même rencontré jusqu'à mille stigmates provenant de flagellations excessives, et plus de la moitié des hommes qui se présentaient durent être rejetés pour incapacité physique, causée par les coups reçus, et par des morsures de chiens, visibles sur leurs mollets et leurs cuisses. M. Westley Richards, autre chirurgien, dit que sur 700 nègres qu'il avait examinés, la moitié au moins de ces esclaves portait les marques de fustigations cruelles et de mauvais traitements divers: quelques-uns avaient reçu des coups de couteau, d'autres portaient des traces de brûlures; d'autres enfin avaient eu les membres brisés à coups de matraque.
La flagellation des esclaves se pratiquait parfois de la façon suivante: le coupable était étendu la face contre terre, ses bras et ses jambes attachés à des pitons ou à des anneaux, et, son immobilité ainsi bien assurée, il était fouetté jusqu'à la dernière limite.
Une torture encore plus raffinée consistait à ensevelir le malheureux dans un trou juste suffisant pour contenir son corps, de fixer une porte mobile, ou trappe au-dessus de sa tête, et de l'y laisser de trois semaines à un mois—si, bien entendu, il ne succombait pas avant l'expiration du terme.
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Les coutumes des races aborigènes de l'Amérique sont peu connues, et il nous serait impossible de dire d'une façon bien affirmative, que la flagellation ou les punitions corporelles faisaient partie du système judiciaire des Peaux-Rouges. Nous reviendrons donc aux premiers colons, ceux surtout qui s'établirent au Nord, emportant de chez eux la ferme croyance que le fouet était un réformateur efficace pour le maintien de la bonne moralité. En eux était également ancrée cette intolérance religieuse, dont ils cherchaient vainement à s'affranchir et qui était précisément l'une des principales causes de leur immigration.