Le poteau d'exécution restait en permanence—il existe d'ailleurs encore dans certaines provinces des États-Unis—et ce furent surtout les Quakers[2] qui goûtèrent les premiers les bienfaits de la flagellation. Les chefs et les prédicateurs de cette secte furent longtemps persécutés. A Boston, en 1657, une femme nommée Mary Clark, accusée de prêcher cette doctrine, fut condamnée à recevoir vingt coups d'un fouet formé de grosses cordes à nœud et manié à deux mains par le bourreau. Puis l'infortunée expia encore, par une année de prison, le crime d'avoir exprimé librement son opinion. Deux prédicateurs, Christopher Holder et John Copeland furent chassés de leur ville natale après avoir été fouettés, et d'autres personnes punies également pour avoir montré quelque sympathie à l'égard de ces deux proscrits. Quelque temps après, une femme nommée Gardner fut arrêtée à Weymouth, et dirigée sur Boston où elle et sa servante furent publiquement fouettées avec un chat à neuf queues.

[2] Quakers: sectaires en Angleterre et en Amérique. Ils se reconnaissent au tutoiement.

C'est alors que la loi, dont le texte suit, fut promulguée contre les Quakers:

«Quiconque introduira un quaker dans l'enceinte de cette juridiction (l'État où la loi était en vigueur), sera mis à l'amende de cent livres sterling (2.500 francs) au profit du pays, et maintenu en prison jusqu'au paiement intégral de la somme.

«Quiconque hébergera un quaker, sachant qu'il l'est, sera mis à l'amende de 40 schellings (50 francs) pour chaque heure durant laquelle le quaker aura été hébergé ou caché, et maintenu en prison jusqu'au paiement intégral de ladite amende.

«Tout quaker venant en ce pays sera soumis à cette loi et puni en conséquence, savoir: A la première infraction, si c'est un homme, il lui sera coupé une oreille, puis il sera astreint aux travaux forcés pendant un laps de temps. A la seconde infraction, il lui sera coupé l'autre oreille, et si c'est une femme, elle sera sévèrement fouettée avant son envoi dans une maison de correction et condamnée aux travaux forcés.

«A la troisième infraction, l'accusé, homme ou femme, aura la langue percée d'un fer rouge et sera maintenu définitivement en maison de correction.»

Sous le régime d'une aussi douce loi, les quakers devaient disparaître rapidement. Du moins le pensait-on, et le gouverneur de Plymouth (aux États-Unis) disait «qu'en son âme et conscience, les quakers étaient gens qui méritaient d'être exterminés, eux, leurs femmes et leurs enfants, sans la moindre pitié».

Les colons Hollandais suivirent bientôt l'exemple de leurs voisins les puritains. Un nommé Robert Hodshone, accusé d'avoir tenu une réunion religieuse à Hamstead, fut attaché à l'arrière d'une charrette en compagnie de deux femmes qui lui avaient donné l'hospitalité, et traîné de la sorte jusqu'à New-York. Là, il fut mis dans l'obligation de payer une amende de 600 guilders (1.260 francs environ) et, ne le pouvant pas, fut condamné à travailler à la brouette (terme employé pour les condamnés), sous la surveillance d'un nègre qui avait ordre de le flageller avec des cordes selon son bon plaisir. Le gardien s'acquitta si bien de sa tâche que le malheureux fut bientôt dans l'impossibilité matérielle de faire le moindre travail. Pour ce, mis à nu jusqu'à la ceinture, il fut fouetté tous les deux jours, jusqu'à ce qu'il en mourut.

Les quakers n'en continuaient pas moins à prospérer, à tel point que des mesures plus rigoureuses encore furent prises à leur égard. Un nommé William Robinson fut condamné, à Boston, à subir le fouet, et banni ensuite de la ville, avec défense, sous peine de mort, d'y remettre les pieds. Le malheureux, attaché à l'affût d'un canon, reçut trente coups de fouet.