XVI
AMANT ET MAITRESSE

J'étais assise dans le salon, prêtant l'oreille au moindre bruit. Si j'avais éprouvé à l'égard de Randolph le moindre sentiment de tendresse, ma peine eût été moins amère, mais je le haïssais cordialement.

J'entendis bientôt le roulement d'une voiture qui s'arrêtait devant la terrasse, puis une porte qui s'ouvrait. Mon cœur commença à battre violemment, mais mon énervement ne ressemblait en rien à celui d'une jeune fille qui attend son amant. Quelle singulière position était la mienne; j'étais partagée entre la crainte de revoir Randolph et le désir d'en finir au plus tôt.

Enfin il entra. Il était en costume de soirée. Venant à moi, il me prit les mains et m'embrassa sur les lèvres. Je frémis de tout mon être; il me regardait longuement et attentivement, pendant que, les yeux baissés et toute rougissante, j'attendais qu'il m'adressât la parole.

—Vous êtes tout simplement ravissante, Dolly, dit-il après un long silence. Votre robe vous sied à ravir, mais à l'avenir, il faudra mettre une toilette décolletée pour le dîner.

Il me considérait déjà comme sa propriété.

—Je n'en ai pas, murmurai-je en manière d'excuse sans oser lever les yeux.

—Vous en aurez bientôt plusieurs, reprit-il en souriant. Maintenant, dites-moi, avez-vous été bien soignée durant mon absence? Dinah a-t-elle bien veillé sur vous et les domestiques ont-ils été respectueux?

Je n'avais certes pas eu à me plaindre, et, sans les tristes idées que j'avais en tête, j'aurais pu me trouver très heureuse. Je lui répondis donc que Dinah avait été très bonne et que les domestiques s'étaient montrés envers moi attentifs et pleins de déférence.