Randolph, très généreux, m'avait offert de nombreux bijoux; c'était, d'ailleurs, un parfait gentleman possédant une brillante instruction. Malheureusement un libertinage invétéré gâtait ses bonnes qualités; j'eusse voulu mon amant plus sage.

Toutes les femmes de sa plantation lui étaient passées par les mains. Il n'avait néanmoins aucun égard pour elles; elles étaient ses esclaves et, pour la moindre faute commise, il les faisait fouetter ou les fouettait lui-même sans pitié.

Il en était de même avec moi, corrections exceptées, bien entendu. Il me répétait souvent que j'étais jolie, et ne se lassait pas de me contempler. Il ne m'aimait pas, il m'admirait. J'étais obligée de me plier à toutes les fantaisies que son cerveau surexcité lui commandait, d'agréer toutes ses fantaisies lubriques.

Son grand amusement était de me varier mes costumes. Il me prenait en robe de soie, robe de ville ou de soirée, dans toutes les positions qui lui traversaient l'esprit.

Du jour de mon entrée dans la maison, il délaissa complètement les servantes pour s'occuper exclusivement de moi. Au fond j'aurais préféré qu'il me laissât un peu plus tranquille.

Peu à peu, cependant, je finis par m'habituer à lui et à l'appeler par son prénom, Georges. Il était toujours très doux avec moi, quoique parfois de très mauvaise humeur.

A cause de son incorrigible libertinage, Randolph, bien qu'appartenant comme je vous l'ai dit, à l'aristocratie de la Virginie, n'était pas invité dans la société. Aussi il ne venait jamais de dames à Woodlands et, quand il recevait, il n'y avait que des hommes à table. Je m'asseyais alors en face de lui à la place d'honneur. A l'occasion de ces fêtes, toutes les femmes de la maison étaient vêtues de noir, avec le col et les manchettes blanches, et de jolis bonnets sur la tête.

Malgré toute la licence accordée à ses invités, aucun d'eux ne me manqua jamais de respect, personne n'essaya de prendre la moindre privauté. Tous me traitaient comme la dame de la maison et, comme on savait que Randolph était très violent et tirait admirablement au pistolet, arme dont il était d'ailleurs constamment prêt à se servir, aucun d'eux ne se serait jamais avisé de me parler trop familièrement.

Le temps pourtant s'écoulait sans événements notables; j'étais toujours très bien portante, et ne m'ennuyais pas. J'avais quantité de livres à ma disposition: je montais à cheval tous les jours, tantôt seule, tantôt avec mon amant. Souvent même, nous faisions de longues promenades en voiture.

De temps à autre, nous allions passer quelques jours à Richmond; c'était là pour moi de vraies parties de plaisir.