XIX
AMOUR ET BASTONNADE

J'avais oublié la scène qui s'était passée et, le repas fini, je passai dans la bibliothèque afin de lire les journaux pendant que Randolph fumait un cigare.

Au bout d'un instant il sonna. Une des femmes, nommée Jane, répondit à son appel.

—Allez me chercher Rosa et Dinah, lui dit son maître, et revenez avec elles; j'ai besoin de vous trois ici.

Elles arrivèrent ensemble quelques minutes après.

Georges se leva de son siège et, se tournant vers Rosa qui paraissait épouvantée, il s'écria:

—Ah! vous voilà, insolente; comment osez-vous parler sur un ton semblable à votre maîtresse? Chienne que vous êtes! Croyez-vous que c'est parce que j'ai eu des bontés pour vous, que je vous laisserai insulter une dame blanche. C'est ce que nous allons voir.

Terrifiée, Rosa pâlit, autant que le permettait son teint bronzé; elle éclata en sanglots et, se tournant vers son maître, s'écria en joignant les mains:

—Lagué mo, lagué mo, Massa, pas fotté moin, mo qu'a mandé pardon; puis, se tournant vers moi, elle me lança un regard suppliant.

Je ne voulais pas que cette malheureuse fût fouettée; aussi intercédai-je vivement en sa faveur auprès de Randolph. Mais il ne se laissa pas fléchir.