J'étais dans la bibliothèque, étendue négligemment sur une chaise longue, chaussée d'espadrilles légères, Randolph entra brusquement, les yeux chargés d'éclairs. Il mordillait rageusement sa moustache, et, ne trouvant personne sur qui passer la colère qui grondait sourdement en lui, il m'adressa violemment la parole.

—Drôlesse! vous savez que ces espadrilles me déplaisent. Eh quoi! avez-vous l'intention maintenant de vous affubler plus mal qu'une chienne d'esclave…

—Mais…

—Taisez-vous, ou je vous gifle.

Alors, un peu calmé, il m'annonça qu'il avait un rendez-vous très important avec un planteur des environs. Il appela Dinah qui accourut aussitôt, et lui commanda de faire seller son cheval, puis alla s'habiller.

Au bout d'une demi-heure, il rentrait, en costume de route. Le groom n'avait pas encore fait son apparition et Randolph se mit à arpenter rageusement la pièce en consultant sa montre à chaque minute. Il jurait de faire attacher et fouetter le groom jusqu'au sang, s'il manquait son rendez-vous et finalement sonna encore Dinah.

—Je parie que la garce a oublié de prévenir le groom, grommela-t-il entre ses dents.

Dinah parut, calme.

—Avez-vous commandé mon cheval?

La femme se mit à trembler, affreusement pâle.