—Cela importe peu, ma petite chérie, je suis seul fautif.

Je fus surprise de ces manières affectueuses auxquelles je n'étais pas accoutumée, manières presque tendres et qui contrastaient singulièrement avec l'humeur habituelle de mon amant.

Nous descendîmes à la salle à manger, et nous fîmes honneur au repas qui, d'ailleurs, était excellent.

Randolph me questionna sur la conduite des femmes; je lui dis sans hésitation que je n'avais eu qu'à me louer d'elles durant son absence.

Après le dîner, une fois installés au salon, Randolph me fit part de ses craintes sur la situation présente. Les rapports entre Nord et Sud étaient très tendus. Georges, naturellement, Sudiste convaincu, avait voué une haine invétérée à ses adversaires qu'il agonisait d'injures. J'étais Yankee, et, comme telle, j'espérais en mon âme sur l'entière victoire de mes compatriotes; je me gardais cependant d'exprimer tout haut mon opinion; Randolph, selon son habitude, m'eût violemment imposé silence.

Le lendemain, nous fîmes en buggy une longue promenade, qui nous conduisit jusqu'à l'habitation où j'avais vécu si heureuse avec Miss Dean.

Les souvenirs se pressaient en foule dans mon esprit.

—Oh! partons, dis-je à Georges qui s'aperçut de mon émotion. Mais le cruel ne fit que rire bruyamment de ce qu'il appelait ma «sensiblerie mouillée»,—mouillée! parce que mon émotion se traduisait en larmes silencieuses!—et nous reprîmes lentement le chemin de Woodlands.

Les jours succédaient aux jours, dans un morne désœuvrement. La continuité du calme dans cette ruche monotone pesait lourdement sur mes esprits; il me semblait que je souffrais de ma tranquillité. Depuis le retour de Randolph, tout allait pourtant pour le mieux et aucune femme n'avait encore eu ses jupons relevés—pour recevoir le fouet, s'entend, car—pour le reste… L'amour existe dans tous les pays.

Cette quiétude ne pouvait durer. Un petit accident arrivé dans la récolte—accident peu important, du reste, eut le don de mettre Randolph dans une violente colère.