Un journal de 1774 raconte de plaisante façon une histoire de flagellation qui trouve ici sa place:
Quelques quarante années auparavant, alors que bon nombre de naïfs avaient à se repentir de leur affiliation à une secte biblique rigoureusement interdite, le capitaine Saint-Léo, commandant d'un navire de guerre, était appréhendé pour s'être promené un dimanche; et ce fait, considéré à cette époque comme un crime, appelait sur la tête du coupable un châtiment exemplaire.
Le coupable fut donc tout d'abord condamné à une forte amende par le juge de paix. Et comme le capitaine, surpris et indigné, se refusait à payer, excipant judicieusement de son ignorance des lois, on s'empara de sa personne. Il fut solidement attaché par la tête et par les pieds à un pilori dressé sur la place publique où les bonnes gens du pays vinrent pieusement lui donner des conseils sur l'observation du dimanche et lui rappeler les inconvénients qui pouvaient résulter d'une promenade à l'heure des offices.
Remis en liberté, le capitaine Saint-Léo reconnut l'incorrection de sa conduite et, publiquement, exprima des regrets; il déclara que, désormais, il était bien décidé à mener une vie pieuse et exempte de reproches. Les saintes personnes, ravies de cette soudaine conversion, l'invitèrent à souper. Le capitaine, décidément bien converti, suivait assidûment les offices religieux. Avant de reprendre la mer, Saint-Léo voulut rendre la politesse qui lui avait été faite; il invita donc une grande partie des sommités de la ville, y compris les prêtres et le juge à un repas à bord de son navire, prêt à mettre à la voile. Un excellent dîner fut, en effet, servi; on vida de nombreux flacons, et la gaîté, quelque peu excitée par de copieuses et franches libations, battait son plein, lorsque, brusquement, une bande de matelots fit irruption dans la cabine du capitaine; ceux-ci se saisirent des convives et, malgré leurs protestations, les pieux invités furent traînés sur le pont, où, solidement attachés, ils reçurent des mains de l'équipage, armées de verges, une magistrale correction, cependant que le capitaine les exhortait au calme, les assurant que la mortification de la chair aidait, après un plantureux repas, à sauver l'âme compromise par la gaieté.
Après quoi, les invités encore ficelés, furent jetés dans leur embarcation, et abandonnés en cet état sur le rivage alors que le navire mettait immédiatement à la voile.
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Le pilori et le poteau ont été et sont encore d'un usage fréquent dans certaines parties des États-Unis. Dans l'État de Delaware, par exemple, il existait, il y a peu de temps, trois poteaux à fouetter: un à Dover, un autre à Georgetown et le troisième à Newcastle. Dans le pays, ce moyen pénal est considéré comme souverainement efficace pour la répression des crimes de peu d'importance.
A Newcastle, le pilori consiste en un très lourd poteau, haut d'environ douze pieds; à mi-hauteur se trouve une plate-forme: à peu près à quatre pieds (1m,22) au-dessus de cette plate-forme, est fixée une traverse percée de trois trous: un pour la tête et le cou du patient, les deux autres pour les mains et les poignets. La punition est infligée par le shérif avec le chat à neuf queues, mais ce magistrat s'acquitte généralement très mal de cette besogne, qu'il considère à juste titre comme dégradante pour sa dignité.
Les noirs supportaient beaucoup mieux que les blancs les tortures de la flagellation. Ces derniers étaient surtout plus affectés de l'infamie attachée à cette punition, que de la douleur pourtant si violente qu'elle occasionnait.
Il y a quelques années seulement, un cas de torture par la flagellation fut le sujet de toutes les conversations. Une jeune fille de dix-sept ans, élève dans une école publique de Cambridge (État de de Massachusetts), ayant commis le crime de chuchoter pendant un cours, fut condamnée par son institutrice à être fouettée. L'enfant, que révoltait un légitime sentiment de pudeur, résista avec tant de force, qu'on dut requérir le directeur et deux de ses aides. Ces trois hommes se saisirent de l'élève, et tandis que deux d'entre eux lui maintenaient les bras et les jambes, le directeur la frappait de vingt coups d'une forte lanière de cuir. Cette punition avait été infligée selon l'ancienne coutume, c'est-à-dire devant toute l'école. L'affaire fut cependant portée devant les tribunaux, mais le personnel de l'école en fut quitte pour une légère admonestation. Néanmoins, quelques mois après, l'affaire ayant eu quelque retentissement, les punitions disciplinaires de cette nature furent abolies dans toutes les écoles des États-Unis.