Je pressentais le danger de cette passion et, anxieuse, je me demandais s'il la partageait. J'avais une envie folle de sentir se poser ses lèvres sur mes lèvres et entendre de lui ces mots tendres qui tous pénètrent l'âme tant et si bien que mon amour qui grandissait chaque jour me fit brusquer les événements.
Le capitaine m'ayant dit un soir que son parfum préféré était celui de la violette, je ne manquai d'en saturer ma toilette et d'en vaporiser mon corps et mes dessous.
C'est ainsi que, dans un ajustement coquet aux mille détails féminins, je fis mon entrée dans la salle.
Franklin, que je n'avais pas vu depuis le matin, s'y trouvait déjà. Il me tendit la main, et sans m'en rendre compte je lui abandonnai la mienne plus longtemps qu'il n'était décent.
Pendant le dîner, il fut très gai, riant, causant aimablement, puis nous passâmes au salon. Jusque-là, le capitaine n'avait pas dépassé les bornes de la plus stricte courtoisie. Il fallait donc que ce fût moi qui devinsse entreprenante.
Sous prétexte de m'aider à dévider un écheveau de laine, je le fis placer à coté de moi, et je m'assis sur un tabouret à ses pieds, de façon que son regard plongeât dans mon corset par la large échancrure de mon corsage.
Puis, prétextant soudain un subit et violent mal de tête, je me levai en chancelant. Il s'élança pour me soutenir, me portant sur le canapé. D'un coup de genou savamment combiné, j'avais fait remonter mes jupons.
Franklin vit ma jambe, et, cette fois, n'y tint plus. Il m'enlaça dans une étreinte à m'étouffer, et me mit sur les lèvres un baiser passionné en murmurant: «Je vous aime!…» Je ne me défendais nullement; bien au contraire. Je lui rendis son baiser et… vous devinez le reste de l'aventure.
Je lui racontai mon odyssée et, en détails, les moyens horribles employés par Randolph pour me forcer à habiter Woodlands. Il fut ému par mon histoire, et, lorsque je l'eus terminée, il m'embrassa tendrement en me disant:
—Je suis sans grande fortune et ne puis, par conséquent, vous offrir le luxe que vous avez ici, mais je vous apporte mon amour et ma volonté et pour une âme aimante comme la vôtre, je pense que cela peut suffire.