Il s'assit, l'air très surpris. Cet officier, grand et blond, pouvait avoir vingt-sept ans; son visage plein de distinction décelait la franchise; il avait une longue moustache blonde et portait élégamment l'uniforme simple des officiers du Nord.
An bout d'un instant, la conversation avait pris entre nous un caractère de cordiale familiarité. Il me dit se nommer Franklin et être capitaine. De plus, il était né en Pensylvanie, ainsi que moi. Cette découverte nous réjouit; aussi notre causerie, jusqu'à l'heure du repas ne languit-elle pas un seul instant.
Je mis pour le dîner une de mes plus jolies toilettes, et je descendis dans la salle à manger y attendre le capitaine Franklin.
Me saluant avec une respectueuse aisance, il me remercia tout d'abord d'avoir bien voulu lui réserver un appartement dont l'aménagement le ravissait. Il avait quitté son uniforme et portait maintenant un vêtement civil, sous lequel il paraissait fort élégant.
Nous nous mimes à table, et je m'aperçus, non sans en éprouver une intime satisfaction, qu'il faisait grand honneur aux plats fins et plus encore aux vieux vins de Woodlands. En riant il me disait sa joie d'avoir pu utiliser de façon si inespérée son billet de logement. La conversation était fort agréable et pleine de charme.
Le dîner terminé, il me pria de l'excuser; il avait, disait-il, à s'occuper de son service.
Je montai à ma chambre et écrivis à Randolph pour le mettre au courant de la situation; j'avais été prévenue qu'il se trouvait non loin de là.
La réponse ne se fit pas attendre. Il me disait qu'il préférait ne pas revenir à Woodlands où il ne pourrait assister impassible à l'envahissement de sa propriété. Il m'annonçait que sitôt qu'il aurait loué une maison, à Richmond, il m'enverrait chercher.
Cependant, le capitaine Franklin était toujours plein d'égards pour moi, et me traitait avec la plus extrême déférence.
Je m'étais vite aperçue de l'impression que je lui causais, et à certains signes qui n'échappent jamais à une femme, je surpris facilement qu'il éprouvait plus que de la sympathie pour moi. De mon côté, le capitaine me plaisait beaucoup; ses manières galantes et polies m'avaient à peu près conquise, si bien que l'amour, amour que je n'avais jusque-là ressenti pour personne, avait envahi mon cœur.