XXIV
GUERRE ET AMOUR

Peu après la bataille de Bull-Run, Randolph fut convoqué à Richmond pour assister à un Congrès tenu par les chefs des confédérés. Comme son absence devait être de longue durée, il me donna des instructions détaillées au sujet des travaux à faire exécuter, et m'ordonna de lui écrire deux fois par semaine.

Dès le jour du départ de Randolph, je décidai qu'autant que possible, on ne fouetterait plus sur la plantation; ces ordres, qui ne concernaient que les femmes, surprirent les majordomes, mais je crois qu'ils s'y conformèrent.

Au dehors, la guerre faisait rage et les troupes des fédérés se concentraient déjà autour de Richmond; beaucoup de plantations voisines étaient occupées militairement par les Nordistes et je m'attendais d'un moment à l'autre à voir mes compatriotes, les garçons en bleu, comme on les appelait, faire leur apparition chez nous.

Ils arrivèrent enfin!

Une après-midi, j'étais à ma fenêtre, lorsque j'aperçus une bande de soldats, conduite par un jeune officier, et suivie d'une voiture régimentaire. Ils firent une pause devant la terrasse, disposèrent leurs armes en faisceaux et se mirent à décharger leur voiture qui contenait des objets de campement et des vivres. Mon cœur battait violemment, et je m'assis sur un sofa en attendant le dénouement de la perquisition qui ne devait pas manquer d'avoir lieu.

Quelques instants après, en effet, Dinah annonça l'officier, qui dit, en me saluant de la façon la plus courtoise:

—Madame, j'ai reçu l'ordre d'occuper cette plantation, mais je vous promets de ne rien détruire, ni d'arrêter le travail. Je logerai mes hommes dans le quartier des esclaves, mais je vous prierai de me faire donner une chambre dans la maison.

—Je suis heureuse de vous voir, monsieur, répondis-je en souriant. Je suis née dans le Nord et toutes mes sympathies sont pour vous. Prenez un siège, et je vais donner des ordres pour qu'une chambre confortable vous soit préparée.