— Il est certain, me dit-il, que le dimanche qu’on ne passe pas en famille peut sembler maussade. Mais que n’êtes-vous allé au concert ou à la conférence ? Dieu merci, les distractions intelligentes ne nous manquent pas à Lyon.

— Je suis allé à Bannant, répliquai-je, dans l’intention de visiter les aqueducs.

— Ah ! C’est un spectacle intéressant.

— Je ne dis pas non, quand on peut les voir. Mais si j’avais commis l’imprudence de m’éloigner seulement de cinquante pas de la station, je me serais immanquablement perdu… Pourtant ne m’aviez-vous pas affirmé que le brouillard lyonnais n’est qu’une légende ?

— Il est aujourd’hui bien rare et ce n’est plus qu’une faible brume, me répondit Calixte.

Il hocha la tête, passa son bras sous le mien avec une familiarité qui me surprit ; et nous fîmes ainsi quelques pas sans parler. Tout en marchant, Calixte souriait d’un air mystérieux et me jetait de petits regards narquois qui aiguillonnaient ma curiosité : « Mon cher ami, me dit-il enfin d’un ton résolu, faites-moi le plaisir de venir dîner, ce soir, à la maison… » A la maison ! Chez lui ! Avais-je bien entendu ?… Ah ! comme elle me parut subitement ensoleillée cette lugubre soirée de dimanche !

— Sans façons, me prévint Calixte. Nous serons dans la plus stricte intimité.

C’était bien ainsi que je l’entendais. Je n’avais pas la présomption de penser que j’allais m’asseoir, comme cela, au bout de six semaines de vie lyonnaise, à la même table que les Gaspard Vernon, les Pothin Paterin et Mme Greillon-Delamotte !

— Mon cher Calixte, balbutiai-je, éperdu, vous êtes trop aimable…

— Point de remerciements, m’interrompit Calixte. Nous vous attendons à sept heures et demie, 93, rue Vaubecour.