— Je ne vois que l’Almanach de Guignol, me répondit Calixte.

— Grand Dieu ! m’écriai-je au comble de la surprise. Une ville comme Lyon n’aurait-elle pour manifester son esprit qu’un almanach ?

— C’est la pure vérité, me répondit Calixte avec indifférence. Si nous possédons quelques magazines, nous n’avons pas de revue.

— Fondez-en une.

— Il faudrait un Mécène.

— Hé ! N’en trouveriez-vous pas parmi vos soyeux et vos industriels ?

— Mon cher, la littérature n’est pas un placement de père de famille.

Nous nous quittâmes sur ces mots. Calixte se rendit à ses affaires et moi aux miennes. Je n’étais pas au bout de mes étonnements.

A quelques jours de là, je fis une rencontre qui devait décider de ma vie.

C’était par une de ces après-midi tièdes et lourdes, si communes à Lyon où, sous les grisailles du brouillard, la grande cité commerçante semble se recueillir dans l’évocation de son passé mystique. Je remontais nonchalamment l’un des quais de la Saône, me récitant à moi-même l’immortel sonnet de Louise Labé, la belle Cordière :