Il passa de nouveau son bras sous le mien et nous fîmes ainsi — je ne sais combien de fois — le tour du kiosque.

— Oui, raisonnons, Philippe, raisonnons, et ne vous froissez pas si je vous parle avec une franchise un peu brutale.

— C’est le droit d’un ami, répliquai-je. Soyez franc. Soyez brutal. Je ne m’en offenserai pas.

— Hé bien, mon cher Philippe, vous connaissez la situation sociale de Mlle Vernon. Vous n’ignorez ni sa parenté, ni ses alliances, ni ses relations. Est-il besoin de vous les rappeler ?

— C’est inutile, répondis-je avec une extrême douceur. Je vous assure que tout ce monde-là ne m’intéressera vraiment que le jour où j’aurai épousé Marie-Antoinette.

— Hé, comprenez donc que c’est impossible ! Comment ma belle-sœur, qui a refusé dernièrement l’un des plus beaux partis de Lyon, épouserait-elle le premier Parisien venu ? Entre nous, je ne vois guère que Félix Bernicot qui puisse prétendre à sa main ou encore le fils Jutet…

— Le fils Jutet ? m’écriai-je victorieusement. Il est allé à Paris et s’y est perdu. N’en parlons plus… Reste Bernicot. Est-il vraiment si séduisant ?

— Son père est colossalement riche, me déclara Calixte, les joues enflées de millions. De plus, les Bernicot sont alliés aux Bizolon, aux Taffarel et à Mgr de Rambert. Vous concevez bien que vous ne pouvez être un rival sérieux pour Félix…

Et mon excellent ami Paterin, m’ayant laissé quelques secondes à l’amertume de mes réflexions, me posa, d’un ton dégagé qui me donna une forte envie de le gifler, la question suivante :

— Sans indiscrétion, mon cher Philippe, combien gagnez-vous chez Tristan-Miron ?