J’allais comme le vent, espérant lasser mon homme.
— Philippe, écoute-moi ! Arrête-toi ! Tu es un as, j’en conviens. Mais comment diable t’y es-tu pris ?
— Vous le saurez un jour, car j’ai l’idée d’un petit livre…
— Une comédie ?
— Non, un livre instructif, des « Remarques et avis sur la vie lyonnaise ».
— Tu feras œuvre utile. Mais tâche de la rendre plaisante !… Pas trop de méditations, de réflexions, de considérations, hé ? Des faits, tu m’entends, des faits !
— Oui, des faits, rien que des faits. Adieu.
— Au revoir, et compliments ! La petite Vernon ! Ah ! coquin… tu as su godiller !…
J’avais déjà sauté dans le tramway d’Écully que cet homme incivil me criait encore — avec quelle gesticulation ! — du beau milieu de la rue : « Envoie-moi une lettre d’invitation, je te prie ! Je serai heureux d’aller te présenter mes souhaits… » Que l’on juge de ma confusion : Joannès Durand-Coyssard et Félix Bernicot me coudoyaient sur la plate-forme, et j’avais aperçu, à l’intérieur, Mlles Alice et Germaine Bizolon. Le tramway, en partant, m’arracha à ce supplice.
Tous ceux qui ont vécu à Lyon savent combien il est honorable d’avoir une résidence d’été à Écully. Ce village, que les hauts murs de ses propriétés rendent mystérieux au promeneur, est, sans contredit, l’un des plus distingués de la campagne environnante. L’élite de la société y villégiature. Saint-Cyr, Saint-Genis-Laval, Collonges-au-Mont-d’Or, sont également des villages du meilleur ton. On ne saurait en dire autant de la Demi-Lune, de Tassin, de Charbonnières, qui, malgré de grandes prétentions, dissimulent mal la société mêlée de leurs villas modernes. Quant à Brindas, à Genas et à quelques autres, n’en parlez jamais dans un salon lyonnais : vous feriez sourire. J’étais donc très fier d’aller faire ma cour à Écully.