Une autre fois, pendant la nuit, il jette la terreur dans une diligence; plusieurs voix se font entendre aux portières; on dirait une douzaine de brigands qui demandent la bourse ou la vie. Les voyageurs effrayés s’empressent de remettre leurs bourses, leurs montres à Comte, qui se charge de traiter avec les voleurs; la bande satisfaite paraît s’éloigner.

Les voyageurs se félicitent d’en être quittes à si bon marché, et le lendemain, à leur plus grande satisfaction le ventriloque remet à chacun l’offrande qu’il a faite à la peur, et leur révèle le talent dont ils ont été dupes.

Un jour encore, sur le marché de Mâcon, il voit une paysanne chassant devant elle un gros cochon qui se traînait à peine, tant il était chargé de lard.

—Combien vaut votre porc, ma brave femme?

—Cent francs tout au juste, mon beau monsieur, à votre service, si vous voulez l’acheter.

—Certainement, je veux l’acheter, mais c’est trop des deux tiers; j’en donne dix écus.

—C’est cent francs ni plus ni moins, à prendre ou à laisser.

—Tenez, reprit Comte en s’approchant de l’animal, je suis sûr que votre cochon est plus raisonnable que vous.

—Voyons, l’ami, dis-moi, en conscience, vaux-tu bien cent francs?

—Nous sommes bien loin de compte, répond le cochon d’une voix rauque et caverneuse, je ne vaux pas cent sous. Je suis ladre, ma maîtresse veut vous attraper.