»—Ce serait bien dommage, monsieur le sorcier, lui dit-il, de vous faire brûler; vous nous avez fait trop de plaisir pour que nous vous fassions de la peine. Vivez longtemps pour vous d’abord, et pour nous ensuite.

»M. Comte répondit à ce compliment de son souverain par une scène de ventriloquie, dans laquelle une voix lointaine ayant l’accent et le son de celle du physicien, s’exprima ainsi:

Sire, un de vos regards ennoblit mes succès;
Toutes mes voix ne valent pas la vôtre;
Que ne puis-je à l’instant, d’après l’un, d’après l’autre,
Raconter vos vertus, vos talents, vos bienfaits;
Je deviendrais l’écho de la voix des Français[3].

Autant Comte était aimable avec les dames, autant il était impitoyable pour les messieurs.

J’en aurais trop long à raconter, si je disais toutes les malignes allusions et les mystifications dont son public masculin était l’objet.

C’était, par exemple, certain tabouret sur lequel un spectateur en s’asseyant produisait un son des plus risqués, ou bien le tour des as de cœur, qu’il terminait en faisant sortir des as de toutes les parties du vêtement du patient qui, fouillé, secoué, bousculé, ne savait plus à quel saint se vouer pour échapper à cette avalanche de cartes. C’était encore le monsieur chauve, qui avait complaisamment prêté son chapeau et qui recevait une bordée de plaisanteries du genre de celles-ci:

«Ce vêtement vous appartient, sans doute, disait Comte en sortant une perruque du chapeau.... Ah! ah! il paraît que monsieur a de la famille; voici maintenant de petits bas; il va falloir parler bas.... puis une brassière.... un petit jupon.... une charmante petite robe, etc., etc.» Et comme le public riait à cœur joie: «Ma foi! je trouve ça beau aussi, ajoutait-il en retirant une chaussure de bois.... Rien ne manque au trousseau! pas même le petit corset et son lacet. C’était pour me lasser, monsieur, que vous aviez mis cet objet dans votre chapeau....»

La ventriloquie prêtait un grand charme aux séances de Comte, en faisant de charmants intermèdes sous formes de petites scènes comiques de la plus grande illusion. C’est qu’en effet il était impossible de porter à un plus haut degré l’imitation de la voix humaine et de la combiner avec plus d’intelligence et d’habileté, pour la lancer au loin ou pour la rapprocher graduellement des spectateurs.

Cette faculté lui inspirait souvent l’idée de curieuses mystifications. Mais les meilleures (si une mystification peut être jamais bonne) étaient réservées pour ses voyages; il les faisait alors servir à la publicité de ses annonces, elles contribuaient à attirer la foule à ses représentations.

A Tours, par exemple, il fait enfoncer quatre portes pour arriver jusqu’à un soi-disant malheureux, mourant de faim, que l’on croit enfermé dans une boutique où le ventriloque avait jeté sa voix. A Nevers, il renouvelle le prodige de l’ânesse de Balaam, en communiquant la parole à un baudet fatigué de porter son maître.