A la fin d’une séance qu’il donnait aux Tuileries devant Louis XVIII, il proposa à Sa Majesté de choisir une carte dans un jeu de piquet. On pourrait croire que le hasard fit que le roi de cœur se trouva la carte choisie; je dirai que l’adresse du physicien en fut la seule cause. Pendant ce temps, un domestique déposait sur une table entièrement isolée un vase rempli de fleurs.
Comte prend alors un pistolet chargé à poudre, dans lequel il met le Roi de cœur en forme de bourre, et s’adressant à son auguste spectateur, il le prie de diriger ses regards vers le vase, au-dessus duquel la carte lancée par le pistolet doit aller se placer.
Le coup part, et au milieu des fleurs on voit apparaître le buste de Louis XVIII.
Le roi, ne sachant que conclure de ce dénouement inattendu, demande à Comte le sens de cette apparition, et lui dit même d’un ton quelque peu railleur:
—Il me semble, monsieur, que votre tour ne se termine pas comme vous l’aviez annoncé.
—J’en demande pardon à Votre Majesté, répond Comte, en prenant les manières et le maintien d’un courtisan, j’ai parfaitement tenu ma promesse. Je me suis engagé à faire paraître le Roi de cœur sur ce vase; j’en appelle à tous les Français: ce buste ne représente-t-il pas le Roi de tous les cœurs?
On doit croire que le compliment fut fort bien accueilli par les assistants. En effet, voici comment s’exprime le Journal Royal, du 20 décembre 1814, en terminant le récit de cette séance:
«Toute l’assemblée s’écrie avec M. Comte: nous le reconnaissons, c’est bien lui, c’est bien le Roi de tous les cœurs, l’amour des Français, de l’univers, Louis XVIII, l’auguste petit-fils de Henri IV.
»Un concert général d’applaudissements plonge dans une douce ivresse, dans des idées de paix et de bonheur, tout ce cercle aimable et vraiment français.
»Le roi, ému de cette chaleureuse acclamation, complimenta M. Comte sur son adresse.