Cette expérience portait le titre de la Naissance des fleurs. Elle commençait par une petite harangue en forme de plaisanterie galante.

—Mesdames, disait notre physicien, je me propose dans cette séance d’escamoter douze d’entre vous au parterre (les dames étaient admises au parterre), vingt aux premières et soixante-douze aux secondes.

Après l’explosion de rires que ne manquaient pas de provoquer cette plaisanterie, Comte ajoutait: «Rassurez-vous», Messieurs, pour ne pas vous priver du plus gracieux ornement de cette salle, je n’exécuterai cette expérience qu’à la fin de la soirée. Ce compliment, dit sans aucune prétention, était toujours fort bien accueilli.

Comte passait ensuite à l’exécution de son expérience.

Après avoir semé des graines sur de la terre contenue dans une petite coupe, il faisait quelques conjurations, répandait sur cette terre une liqueur enflammée et la couvrait avec une cloche qui, disait-il, devait concentrer la chaleur et stimuler la végétation. En effet, quelques secondes après, un bouquet de fleurs variées apparaissait dans la petite coupe. Comte le distribuait aux dames qui garnissaient les loges, et pendant cette distribution il trouvait moyen de placer ces mots gracieux ou à double sens: Madame, je vous garde une pensée.—Puissiez-vous ici, Messieurs, ne jamais trouver de soucis.—Mademoiselle, voici une rose que vous avez fait rougir de jalousie.—Tiens, Benjamin (c’était le nom de son domestique ou plutôt de son comique), tiens, Benjamin, disait-il en lui offrant un œillet, ton œillet rouge.—Comment, mon œil est rouge! c’est donc pour cela qu’il me faisait si grand mal tout à l’heure.

Cependant le petit bouquet tirait à sa fin, il n’en restait plus que quelques fleurs. Tout à coup, les mains du physicien s’en trouvaient littéralement remplies. Alors, d’un air de triomphe, il s’écriait, en montrant ces fleurs, venues comme par enchantement: J’avais promis d’escamoter et de métamorphoser toutes ces dames: pouvais-je choisir une forme plus gracieuse et plus aimable? En vous métamorphosant toutes en roses, n’est-ce pas, Mesdames, offrir la copie au modèle? n’est-ce pas aussi vous escamoter pour vous rendre à vous-mêmes? dites-moi, Messieurs, n’ai-je pas bien réussi?

Pour ces mots aimables, le prestidigitateur recevait une nouvelle salve de bravos.

Dans une autre circonstance, Comte, offrant une rose et une pensée à une dame, lui disait: N’est-ce pas vous trait pour trait, Madame? la rose peint la fraîcheur et la beauté; la pensée, l’esprit et les talents.

Il disait encore à propos de l’as de cœur, qu’il avait fait prendre à une de ses spectatrices choisie parmi les plus jolies: Voulez-vous, Madame, mettre la main sur votre cœur..... Vous n’avez qu’un cœur, n’est-il pas vrai!.... Je vous demande pardon de cette question indiscrète: mais elle était nécessaire, car bien que vous n’ayez qu’un cœur, vous pourriez les posséder tous.

Comte n’était pas moins gracieux envers les souverains.