Mais Comte ne s’en tint pas là; il voulut encore que les billets roses (c’est ainsi qu’il appelait les billets de famille) lui produisissent un petit bénéfice pécuniaire pour lui faire oublier la réduction de prix qu’il avait accordée.
Il imagina donc de faire remettre à chaque personne qui se présentait au contrôle avec un de ses billets, une médaille en cuivre sur laquelle était gravée son adresse, et de réclamer en échange la somme de deux sous. Voulait-on la refuser?—Alors vous n’entrerez pas, disait l’employé du bureau.
Puisqu’on était venu jusque-là, on préférait s’exécuter: on payait et l’on entrait.
C’était une misère, me dira-t-on, que cet impôt de dix centimes. Pourtant, avec cette misère, Comte payait son luminaire; du moins il le disait, et on peut le croire.
A l’époque des vacances, les billets roses disparaissaient et faisaient place aux billets réservés aux lauréats des pensions et des colléges. Et ceux-ci étaient autrement productifs que les premiers. Quels parents auraient refusé à leurs jeunes lauréats le plaisir d’accepter l’invitation de M. Comte, lorsque surtout ils pouvaient se procurer à eux-mêmes le bonheur de voir ces chers fils dans une loge où ne se trouvaient que des têtes couronnées. Les parents accompagnaient donc leurs enfants, et, pour un billet de faveur, l’administration encaissait cinq ou six fois la valeur de sa gracieuse libéralité.
Je pourrais citer bien d’autres moyens dont Comte usait pour augmenter ses bénéfices, je n’en rapporterai plus qu’un seul.
Arriviez-vous un peu tard et la longueur de la queue vous faisait-elle craindre de ne plus trouver de billets au bureau, vous n’aviez qu’à entrer dans le petit café attenant au théâtre, et qui donnait sur la rue Ventadour. Vous y payiez un peu plus cher qu’ailleurs la tasse de café ou le petit verre de liqueur, mais vous étiez sûr qu’avant l’heure où le public entrait au théâtre, un garçon vous ouvrirait une porte secrète qui vous permettrait d’arriver au bureau et de choisir votre place.
En réalité, le café de Comte était un véritable bureau de location. Seulement, le spectateur profitait d’une consommation pour la somme qu’il est d’usage de prélever sur les places réservées.
Le directeur du théâtre Choiseul avait sur ses confrères un avantage sous le rapport de la délicatesse des procédés.
Comme artiste, Comte possédait le double talent de ventriloque et de prestidigitateur. Ses tours étaient exécutés avec adresse et surtout avec beaucoup d’entrain. Ses séances plaisaient généralement. Les dames y étaient fort bien traitées. On en jugera par le tour suivant, que je crois être de son invention et que je lui voyais toujours faire avec plaisir.