CHAPITRE IX.
Les automates célèbres.—Une mouche d’airain.—L’homme artificiel.—Albert-le-Grand et saint Thomas-d’Aquin.—Vaucanson; son canard; son joueur de flute; curieux détails.—L’automate joueur d’échecs; épisode intéressant.—Catherine II et M. de Kempelen.—Je répare le Componium.—Succès inespéré.
Grâce à mes persévérantes recherches, il ne me restait plus rien à apprendre en escamotage; mais pour suivre le programme que je m’étais tracé, je devais encore étudier les principes d’une science sur laquelle je comptais beaucoup pour la réussite de mes futures représentations. Je veux parler de la science, ou pour mieux dire de l’art de faire des automates.
Tout préoccupé de cette idée, je me livrai à d’actives investigations. Je m’adressai aux bibliothèques et à leurs conservateurs, dont ma tenace importunité fit le désespoir. Mais tous les renseignements que je reçus, ne me firent connaître que des descriptions de mécaniques beaucoup moins ingénieuses que celles de certains jouets d’enfants de notre époque[4], ou de ridicules annonces de chefs-d’œuvre publiés dans des siècles d’ignorance. On en jugera par ce qui va suivre.
Je trouve dans un ouvrage ayant pour titre Apologie pour les grands hommes accusés de magie, que «Jean de Mont-Royal présenta à l’empereur Charles-Quint une mouche de fer, laquelle
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Prit sans aide d’autrui sa gaillarde volée,
Fit une entière ronde et puis d’un cerceau las,
Comme ayant jugement, se percha sur son bras.»
Une pareille mouche est déjà quelque chose d’extraordinaire et pourtant j’ai mieux que cela à citer au lecteur. Il s’agit encore d’une mouche.
Gervais, chancelier de l’empereur Othon III, dans son livre intitulé Ocia Imperatoris nous annonce que «Le Sage Virgile, évêque de Naples, fit une mouche d’airain qu’il plaça sur l’unes des portes de la ville, et que cette mouche mécanique, dressée comme un chien de berger, empêcha qu’aucune autre mouche n’entrât dans Naples; si bien que pendant huit ans, grâce à l’activité de cette ingénieuse machine, les viandes déposées dans les boucheries ne se corrompirent jamais.»
Combien ne doit-on par regretter que ce merveilleux automate ne soit pas parvenu jusqu’à nous? Que d’actions de grâce les bouchers, et plus encore leurs pratiques, ne rendraient-ils pas au savant évêque.
Passons à une autre merveille: