Lorsque nous nous absentons de la maison, la communication électrique est permanente et, le cas d’ouverture échéant, la grosse sonnerie de l’horloge dont la détente est soulevée par l’électricité sonne sans cesse et produit à s’y méprendre la sonnerie du tocsin. Le jardinier et les voisins même étant avertis de ce fait, le voleur serait facilement pris au trébuchet.

Nous nous plaisons souvent à tirer au pistolet. Nous avons pour cela un emplacement fort bien organisé. Mais au lieu de la renommée traditionnelle, le tireur qui fait mouche voit soudain apparaître au-dessus de sa tête une couronne de feuillage. La balle et l’électricité luttent de vitesse dans ce double trajet; ainsi bien qu’on soit à vingt mètres du but, le couronnement est instantané.

Permettez-moi, lecteur, de vous parler encore d’une invention à laquelle l’électricité est tout à fait étrangère, mais que je crois devoir, toutefois, vous intéresser: Dans mon parc se trouve un chemin creux que l’on se voit, quelquefois, dans la nécessité de traverser. Il n’y a, pour cela, ni pont ni passerelle. Mais sur le bord de ce ravin l’on voit un petit banc; le promeneur y prend place, et il n’est pas plus tôt assis qu’il se voit subitement transporté à l’autre rive.

Le voyageur met pied à terre et le petit banc retourne de lui-même chercher un autre passager.

Cette locomotion est à double effet: il y a une même voie aérienne pour le retour.

Je termine ici mes descriptions; en les continuant je craindrais de tomber dans ce ridicule du propriétaire campagnard qui, dès qu’il tient un visiteur, ne lui fait pas plus grâce d’un bourgeon de ses arbres que d’un œuf de son poulailler.

D’ailleurs ne dois-je pas réserver quelques petits détails imprévus pour le visiteur qui viendrait lever le marteau mystérieux au-dessous duquel, on s’en souvient, est gravé le nom de

ROBERT-HOUDIN.

PRÉFACE

Saint-Gervais, près Blois, septembre 1858.