Cette distribution d’heure me permet d’user, dans certains cas, d’une petite ruse qui m’est fort utile et que je vais vous confier, lecteur, à la condition de n’en pas parler, car ma ruse une fois connue manquerait son effet. Lorsque, pour une cause ou pour une autre, je veux avancer ou retarder l’heure de mes repas, je presse secrètement sur certaine touche électrique placée dans mon cabinet, et j’avance ou je retarde à mon gré les cadrans et la sonnerie de la maison. La cuisinière a trouvé que le temps passe souvent bien vite, et moi j’ai gagné en plus ou en moins un quart d’heure que je n’eusse pas obtenu sans cela.
C’est encore ce même régulateur qui, chaque matin, à l’aide de transmissions électriques, réveille trois personnes à des heures différentes, à commencer par le jardinier.
Cette disposition n’a rien de bien merveilleux et je n’en parlerais pas si je n’avais à signaler un procédé assez simple pour forcer mon monde à se lever lorsqu’il est réveillé. Voici le procédé: Le réveil sonne d’abord assez bruyamment pour que le dormeur le plus apathique soit réveillé, et il continue de sonner jusqu’à ce qu’on aille déranger une petite touche placée à l’extrémité de la chambre. Il faut, pour cela, se lever; alors le tour est fait.
Ce pauvre jardinier, je le tourmente bien avec mon électricité.
Croirait-on qu’il ne peut pas chauffer ma serre au-delà de dix degrés de chaleur ou laisser baisser la température au-dessous de trois degrés de froid, sans que j’en sois averti.
Le lendemain matin, je lui dis: Jean, vous avez trop chauffé hier soir; vous grillez mes géraniums; ou bien: Jean, vous risquez de geler mes orangers; le thermomètre est descendu, cette nuit, à trois degrés au-dessous de zéro.
Jean se gratte l’oreille, ne répond pas; mais je suis sûr qu’il me regarde un peu comme sorcier.
Cette disposition thermo-électrique est également placée dans mon bûcher, pour m’avertir du moindre commencement d’incendie.
Le Prieuré n’est point une succursale de la Banque de France; toutefois, si modestes que soient mes objets précieux, je tiens à les conserver, et, dans ce but, j’ai cru devoir prendre mes précautions contre les voleurs: les portes et fenêtres de ma demeure ont toutes une disposition électrique qui les relie avec le carillon et sont organisées de telle sorte que lorsque l’une d’elles fonctionne, la cloche résonne tout le temps de son ouverture.
Le lecteur voit déjà l’inconvénient que présenterait ce système si le carillon résonnait chaque fois qu’on se mettrait à la fenêtre ou qu’on voudrait sortir de chez soi. Il n’en est point ainsi: la communication se trouve interrompue toute la journée et n’est rétablie qu’à minuit (l’heure du crime) et c’est encore la pendule au picotin qui se charge de ce soin.