—Pourquoi ce luxe de deux grands cadrans, me direz-vous, lorsqu’un seul peut suffire pour l’extérieur?
Je vous dois, lecteur, à ce sujet une explication justificative. Lorsque je plaçai mon premier cadran électrique dans le fronton du Prieuré, c’était dans le double but d’indiquer l’heure à toute la vallée et de donner aux gens de la maison une heure unique et régulatrice.
Mais une fois mon œuvre terminée, je m’aperçus que mon cadran était plus utile aux passants qu’à moi-même. J’étais obligé de sortir pour voir l’heure.
Je me creusai vainement la tête pendant quelque temps, pour parer à cet inconvénient. Je ne voyais d’autre solution à ce problème que de bâtir une maison en face de la mienne pour regarder mon cadran. Toutefois une idée beaucoup plus simple vint enfin me sortir d’embarras: le pignon du logement du jardinier était en vue de toutes nos fenêtres, j’y plaçai un second cadran et je le fis marcher par le même fil électrique que le premier.
Cette heure se communique par le même procédé à plusieurs cadrans placés dans différentes pièces de l’habitation.
Mais à tous ces cadrans il fallait une sonnerie unique, une sonnerie pouvant être entendue des habitants du Prieuré, ainsi que de tout le village.
Sur le faîte de la maison est une sorte de campanile abritant une cloche d’un certain volume dont on se sert pour l’appel aux heures des repas.
Je plaçai au-dessous de cette cloche un rouage suffisamment énergique pour soulever le marteau en temps voulu. Mais comme il eût fallu remonter chaque jour le poids de cette machine, je me servis d’une force perdue, ou pour mieux dire, non utilisée, pour remplir automatiquement cette fonction. A cet effet, j’établis entre la porte battante de la cuisine située au rez-de-chaussée, et le remontoir de la sonnerie placé au grenier, une communication disposée de telle sorte qu’en allant et venant pour leur service, et sans qu’ils s’en doutent, les domestiques remontent incessamment le poids de ce rouage.
C’est presque un mouvement perpétuel dont on n’a jamais à s’occuper.
Un courant électrique distribué par mon régulateur soulève la détente de la sonnerie et fait compter le nombre de coups indiqués par les cadrans.