—Nous avons donc en France un million d’hommes capables d’apprécier l’avantage de mon encrier. Or, sur ce nombre, combien vas-tu m’en accorder qui, dès la première année, pourront avoir connaissance de ma découverte et qui, la connaissant, en feront l’acquisition?
—Ma foi, répondis-je, je t’avoue que je suis très embarrassé pour te donner un chiffre exact.
—Eh mon Dieu! qui est-ce qui te parle de chiffre exact? Je ne te demande qu’une approximation, et encore je la désire la plus basse possible, afin que je n’aie pas de déception.
—Dame! fis-je en continuant les supputions décimales de mon ami, mettons un dixième.
—Tu vois, c’est toi-même qui l’as dit, un dixième! autrement dit, cent mille. Mais, continua l’inventeur, enchanté de m’avoir fait participer à ses brillants calculs, sais-tu bien ce que me rapportera dès la première année, la vente de ces cent mille écritoires?
—Non, je ne m’en doute pas.
—Je vais te l’apprendre; écoute bien. Sur ces cent mille écritoires vendues, je me suis réservé un franc de bénéfice par chaque pièce; il en résulte donc pour moi un bénéfice de.....?
—Cent mille francs, parbleu.
—Tu vois, ce n’est pas plus difficile que cela à compter. Oui, cent mille francs, ni plus ni moins. Tu dois comprendre aussi que les autres neuf cent mille écrivains que nous avons laissés de côté, finiront par connaître mon encrier; ils en achèteront à leur tour. Puis les autres neuf millions que nous avons négligés, que feront-ils, je te le demande?... Et note bien ceci, je ne t’ai parlé que de la France, qui est un point sur le globe. Quand l’étranger en aura connaissance, quand les Anglais et leurs colonies surtout en demanderont; vois-tu, mais, c’est incalculable!...
Mon ami essuya son front, qui s’était couvert de sueur dans la chaleur de son exposition, et il finit en me disant encore: Rappelle-toi bien que nous avons mis tout au plus bas dans notre estimation.