—Mais, Monsieur, avant de vous répondre, répliqua vivement mon ami, permettez-moi de vous demander si je suis ici pour voir un spectacle de cuisinier?
La discussion s’échauffa, et elle prenait une fâcheuse tournure, lorsqu’un plaisant du voisinage termina le différend par cette burlesque plaisanterie:
—Pardieu, Monsieur, dit-il à Antonio, si vous n’aimez pas les cruautés, au moins n’en dégoûtez pas les autres.
Chacun se prit à rire, et nos deux champions désarmés se contentèrent de se jeter réciproquement un regard de dédain.
Bosco venait de faire un petit intermède pour les préparatifs du tour final; il revint en scène avec un canari, dont il tenait les pattes entre ses doigts.
—«Messiou, dit-il, voilà Piarot qui est très pouli et qui va vous salouer; Voyons, Piarot, faites votre devoir.» Et il pinçait avec tant de force les pattes de l’oiseau, que le malheureux chercha à se dégager de cette cruelle étreinte. Vaincu par la douleur, il s’affaissa sur la main de l’escamoteur, en jetant des cris de détresse.
—Bien, bien, zé souis countant dé vous. Vous voyez, mesdames, non-soulement il saloue, ma il dit bonsoir. Continouez, Piarot, vous serez récoumpensé.
La même torture fit encore saluer deux fois le malheureux canari, et, pour le récoumpenser, son maître alla le remettre entre les mains d’une dame en la priant de le garder. Mais pendant le trajet l’oiseau avait vu la fin de ses peines, et la dame ne reçut qu’un oiseau mort. Bosco l’avait étouffé.
«Ah! mon Diou, madame, s’écria l’escamoteur ze crois que vous m’avez toué mon Piarot, vous l’avez trou pressé. Piarot! Piarot! ajouta-t-il en le faisant sauter en l’air; Piarot, réponds-moi. Ah! madame, il est décidément mouru. Qu’est-ce que ma fâme elle va dire, quand elle va voir arriver Bosco sans son Piarot; bien sour qué zé sérai battou par madame Bosco.» (J’ai besoin de faire observer ici que tout ce que je rapporte de la séance est textuel).
L’oiseau fut enterré dans une grande boîte, d’où, après de nouvelles conjurations, sortit un oiseau vivant. Cette nouvelle victime eut moins longtemps à souffrir. Elle fut mise vivante dans le canon d’un gros pistolet et bourrée comme une balle, puis, Bosco, tenant une épée à la main, pria un spectateur de tirer en visant sur la pointe de l’arme qu’il lui présentait. Le coup part et l’on voit aussitôt un canari, troisième victime, accroché et se débattant au bout de l’épée.